tutututuuuuuuh!

Je suis donc rentré en France pour savoir si j’étais bien un tuberculeux ou pas. Oui, c’était bien le cas, comme quoi la procédure néo-zélandaise n’est pas si absurde. Pas de panique, de nos jours et surtout quand on n’a pas développé les symptômes ça se soigne très bien. Six mois d’un traitement antibiotique pour cheval et c’est fini. Comme je suis une bête je n’ai eu aucun effet secondaire du traitement à part le fait de faire pipi orange.

Reste la question de où ai-je été contaminé ? Je ne le saurais jamais avec certitude. Les médecins me disaient que j’étais un tuberculeux passif depuis deux ou trois ans, les trains chinois et indiens, les bateaux indonésiens où j’ai été durant de très longues heures voire des jours dans des espaces confinés, surpeuplés de gens souvent très pauvres et sans accès régulier à des services de santé sont des suspects idéaux. La tuberculose se transmet le plus souvent d’un malade qui à développé des symptômes (toux, fièvre, transpiration etc.) par les tout petits postillons qui flottent dans l’air.

Une fois guéri, j’ai refait une demande de visa pour la Nouvelle Zélande. 140 euros. Ça à été un moment très stressant. J’étais à la limite d’âge absolue pour ce type de visa, si je devais recevoir un nouveau refus, il m’aurait été impossible de repostuler. Je dois prouver que je suis bien guéri à l’immigration néo-zélandaise en suivant tant bien que mal la logique de leur administration. Pour commencer, je dois refaire une radio des poumons dans la clinique agrée par leur bon soins, 80 euros. Logiquement j’aurais dû recevoir, deux jours plus tard, un mail demandant les tests supplémentaires. Comme je ne reçois rien je retourne à la clinique m’assurer que la radio a bien été mise en ligne sur le logiciel dédié, on me dit que oui, tout roule, je ne dois pas m’inquiéter. Je reçois enfin un mail de la Nouvelle Zélande, qui dit « Vous n’avez pas fait la radio que nous avons demandée, si dans deux jours on n’a toujours rien votre visa sera refusé » je réponds : « Je pense que votre système montre mon dossier comme étant incomplet car d’autres tests devraient m’être demandés, s’il vous plaît dites moi quels sont ces tests exactement afin je puisse les réaliser. Je vous assure que la radio a déjà été faite. » On me répond a nouveau « Non non non, juste la radio, dépêchez vous il vous reste 24h »

Panique et agacement ! Je fonce à la clinique. « Mais monsieur, c’est en ligne enfin, regardez vous même sur l’écran » « En effet la radio est bien en ligne mais c’est quoi le truc orange là ? » « chaiii pas, on n’y pas accès ici, ils doivent demander d’autres infos » Nann sans déconner… je fonce au cabinet du médecin agréé par l’immigration néo-zélandaise, la secrétaire a accès aux détails de mon dossier contrairement à la clinique. Elle me dit qu’il me faut simplement fournir l’ensemble de mes radios réalisées durant et après le traitement ainsi qu’une lettre du pneumologue qui m’a suivi, en anglais. Je demande trois fois à la secrétaire si le test d’analyse des crachats n’est pas demandé car il faut 8 semaines pour que ce dernier donne des résultats fiables. Elle dit non trois fois.

J’appelle directement les services d’immigration en Nouvelle Zélande. Deux coups de fil qui incluent un total de trois heures d’attente avec la petite musique pénible. 30 euros de facture téléphone en plus, et encore là- dessus je m’en sors bien. En fait je commence à comprendre que deux entités des services d’immigration néo-zélandaise communiquent mal entre eux, le service médical qui statue sur mon état de santé acceptable ou non et l’agent d’immigration avec qui je communique par mail qui prend la décision finale sur mon visa. Miracle, avec mes coups de fil je corrige le bug administratif entre deux services d’un même ministère situés à 20 000km de là où je me trouve. L’agent me donne deux semaines de délai pour envoyer toutes les infos sans faire mentionner qu’elle s’apprêtait injustement à me refuser mon visa.

J’avais déjà numérisé mes radios et demandé à mon pneumologue la fameuse lettre bien en amont. Lettre qu’il ne m’avait jusque là pas envoyée. Je lui balance trois mail où je mets toute la pression possible, la lettre arrive en 24 h. Je paye 75 euros pour la faire traduire en anglais, si j’avais pu le faire moi même c’eût été trop simple. Je prends rendez vous avec la médecin agréée, 75 euros les cinq minutes de consultation, où c’est moi qui explique que je suis guéri !

Je pense être arrivé au bout de l’histoire, j’envoie par mail les radios à la secrétaire qui se chargera de les mettre en ligne sur le logiciel de l’immigration néo-zélandaise. Le lendemain je reçois un mail de sa part qui commence par « I’m very sorry but … » Oui, parce qu’elle me parle en français et m’écrit toujours en anglais. « but, les radios doivent absolument être au format « dicom »  »

C’est quoi ça dicom ? Wikipédia explique que c’est un format informatique utilisé par les logiciels de radiologie. Cool ! J’en ai deux déjà en dicom sur un CD. J’appelle les différents centres radiologique où j’ai fait mes radios. Un seul pourra me fournir ma radio en format dicom. Je suis à trois dicom sur les six radios à fournir. Aucun centre radiologique, pas même la clinique agréée et l’une des seules en France à travailler avec ce système de données médicales en ligne pour services d’immigration, n’accepte de convertir mes radios en dicom. Je dois m’y coller moi même, je télécharge pas moins de cinq logiciels de radiologie sur mon ordinateur et parviens tard dans la nuit à envoyer à la secrétaire des beaux fichiers dicom tout frais.

Un mail : « I’m very sorry but … » « but whaaat ! Je commence à saturer là ! » « but, les fichiers doivent faire moins de 10 mo, et là ils font tous plus de 20 mo » Ben ouais meuf, Wikipédia dit que c’est un format haute définition, donc par nature c’est des gros fichiers et dans leur conception on n’est pas censé pouvoir les réduire. Comme ça les toubibs ils peuvent bien voir toutes nos petites taches tuberculeuses sur nos poumons …

J’avais toujours mes logiciels d’apprenti radiologue, je tâtonne parce que je ne suis pas informaticien et mes dicom rétrécissent enfin. J’ai pris une marge de sécurité, ils font tous moins de 8mo.

Un mail « I’m very very sorry but… » Je perds mon sang froid, je veux pulvériser mon ordinateur sur le mur de l’appartement tellement fort qu’il devrait aussi traverser le mur du voisin de l’autre coté de la rue. Je veux annihiler la planète. « but, what encore bordel de merde ? «but, en fait c’est 5mo max » Avec tout ces contre-temps le délai de deux semaines expire le lendemain. J’envoie à l’agent d’immigration un mail avec une copie de mes échanges avec la secrétaire afin de justifier mon retard. Finalement c’est pas bête de s’écrire en anglais.

Je convertis mes radios en dicom de toutes tailles, en fichier jpeg, en gif en pdf même en doc et je me pointe avec l’ensemble directement au cabinet médical avec ma clef USB que je donne à la secrétaire. « allez y, essayez les tous , il y a bien une version qui va passer ! » « ah oui, c’est bon c’est en ligne ! Ah zut j’avais pas vu il y a un sous-onglet, ils demandent aussi le test d’analyse des crachats » « on parle bien de celui qui prend huit semaines à propos duquel vous m’aviez dit trois fois qu’ils ne le demandaient pas ? » « oui, je suis désolée »

Soupires, lassitude et vide.

La médecin passe dans le hall. « Docteur, qu’est qu’on peut faire ? » Qu’elle demande. « Remettez la lettre du pneumologue à la place des résultats, le dossier aura l’air d’être complet. » « mais…. ouais j’en ai assez de toutes façons… »

Épilogue : Depuis des semaines les mails provenant de la Nouvelle Zélande ne me donnaient que de nouveaux emmerdements bureaucratiques. Et force est de constater que l’informatique n’a rien simplifié du tout. Du coup quand j’ai reçu celui qui m’annonçait que mon visa avait été validé, j’ai grommelé avant de l’ouvrir, un truc comme « qu’est-ce qui veulent encore ces cons ». Puis j’ai arrêté de faire la gueule.

Je repars tout frais, avec un nouveau vélo talentueusement conçu et monté par mon pote Pascal, grand maître manager du magasin cyclable à Poitiers. Je repars aussi avec une remorque remise sur roulette grâce à la gentillesse de Christian son concepteur et fabriquant. Christian est un passionné et un perfectionniste qui mérite bien une petite pub : tzc.fr pour commander des remorques en forme de chauffe-eau ! Merci à tous les deux, vous m’accompagnez au quotidien !

Je suis allé tester le matos dans les Pyrénées

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tremblement au paradis

Tout au bout de Tanna il y a une baie appelée « Port Resolution » très prisée des plaisanciers. Le voilier est évidemment l’un des meilleurs moyens de visiter le pays et j’espère bien trouver quelqu’un qui acceptera de me prendre à bord entre deux îles.

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Il y a justement ce jour là tout un groupe de voiliers qui participent à un « rallye » autour du monde. Il ne s’agit pas d’une course mais simplement d’un groupe de plaisanciers qui voyagent ensemble aidé dans la logistique à chaque escale par une organisation. J’aborde le groupe qui vient juste de toucher terre. Je suis un peu déconcerté. Alors que je viens de passer une semaine au sein de villages vanuatais isolés et incroyablement accueillants , ce monde de rallyes me semble être d’un décalage comique. Le village dispose d’un « yacht club », grâce auquel les organisateurs du rallye ont pu faire venir une importante quantité de bière. Le yacht club change les dollars en vatu, la monnaie locale, vend des cartes sim et organise la visite en 4×4 du volcan. Beaucoup des participants sont très mondains, pas antipathiques, mais clairement bien éloignés de ma façon de vivre et de voyager. Matt, un anglais, navigue depuis Londres sur son voilier. Il est accompagné depuis les Galapagos de Juan, lui même originaire de ces îles d’Amérique centrale. Juan, 25 ans et joyeux comme un latino-américain, m’assure que Matt m’emmènera volontiers sur son bateau jusqu’à Port Villa.

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Avant de partir et à l’initiative des villageois, il est organisé une belle cérémonie d’échange de cadeaux. Le cyclone Pam a ravagé le pays deux ans plus tôt, et comme aux Fidji, le retour à la normale prend des années. Les plaisanciers ont apporté des outils et des clous qui font cruellement défaut ici pour la reconstruction des bâtiments et en échange les femmes du village ont tressé de grands paniers en feuille de palmier que les hommes on rempli à ras bord d’un échantillonnage généreux de fruits et légumes de leurs jardins. Cet échange entre deux groupe tellement différents à été incroyablement bien orchestré par cette population si chaleureuse et accueillante. Les vanuatais ont eu le souci de comprendre la culture de leurs hôtes afin de les associer complètement dans cet acte traditionnel, et cela sans que personne ne ressente à aucun moment cette gêne ou cet embarras qui se produit souvent lorsque deux groupes culturellement éloignés interagissent de façon un peu formelle.

Avec Matt et Juan, je fais à nouveau escale sur Erromango, de l’autre côté de l’île cette fois ci avant de voguer vers à Port Villa en quelques jours de mer. Matt est un homme très généreux, peut être même trop, il ne me demandera aucune participation, même pas pour la nourriture. Par contre il est d’un caractère très irascible, ce qui sur un petit voilier est une difficulté. Il s’emporte souvent quand je le fais répéter. C’est qu’il parle avec un certain accent mais surtout que sa voix à été grandement diminuée par un cancer de la gorge. Ce tour du monde à la voile qu’il réalise, c’est sa rémission, sa victoire sur la maladie. Juan qui le fréquente depuis un moment maintenant, loue ces qualités de battant, sa générosité et sa droiture mais est excédé par ces pulsions névrotiques, souvent difficile à remettre en cause quand sur un bateau le capitaine est seul maître à bord. « Il à déjà perdu plusieurs équipiers et je vais pas le suivre jusqu’au bout » dit-il non sans regrets. Pour ma part j’étais content de cette premier expérience sur un voilier en haute mer, même si c’est vrai, j’aurais aimé que Matt puisse me transmette un peu plus de savoir qu’il ne l’a fait sur la navigation.

A Port Villa, comme lors de mon premier passage, il y à un gros paquebot de croisière à quai. Je ne reste pas plus longtemps en ville. Je part sur l’île d’Epi,100 km au nord. Je prends l’avion, et c’est un peu inhabituel. On commence par me peser, pas mes bagages, enfin si les bagages aussi mais séparément de moi-même. C’est que mon avion n’a que dix places et qu’il faut équilibrer le poids des passagers dans l’habitacle. Nous sommes cinq sur ce vol bihebdomadaire ce jour là. Un couple de touristes australien, deux vieux fermiers locaux qui gardent leur machette entre les genoux durant vol et moi. L’aéroport de Laman bay principal village d’Epi est composé d’une piste herbeuse, qui sert parfois de pâturage, et un bâtiment en brique sans électricité. Le copilote décharge les bagages en les propulsant a l’extérieur de l’avion à coup de pied. On avait été prévenu par une petite pancarte avant le départ : « Le rôle de votre valise est de protéger vos affaires, ne soyez pas outrés. ».

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La « route » principale d’Epi

Je suis abordé par un homme d’une soixantaine année, du type nounours géant avec une belle barbe blanche et massive. Il est est plein de sympathie et de gentillesse, il me fait spontanément un petit topo sur l’île et m’indique les noms de toute une liste de gens qui pourraient m’héberger autour de l’île. Puis il me parle de ses enfants tous de jeunes adultes. « j’ai trois fils… j’ai deux fils et une fille » « Mon fils est mort. Il est mort juste là, le mois dernier » dit il en pointant l’angle de l’allée qui mène à sa maison « Il avait 29 ans, une crise cardiaque … » Le chagrin de ce père m’a ému, il s’est confié à moi, un inconnu, sans cacher sa douleur, en contenant l’émotion dans sa voix tout en me communiquant le besoin qu’il l’anime d’aimer les autres et d’aimer la vie.

Car au delà des drames personnels et universels, le Vanuatu est un pays heureux. Tellement heureux qu’il a été désigné « pays le plus heureux du monde » en 2006. Je ne sais pas comment sont réalisés ces classement, ni même s’ils ont un sens mais je veux bien expliquer pourquoi on est heureux au Vanuatu. Bien sûr le climat tropical, les plages magnifiques, bref le cadre de vie aide. Au Vanuatu on travaille très peu, deux ou trois heures par jour à peine dans les jardins. Le sol enrichi par les volcans et la jungle sont hyper fertiles, le manioc, le dalo, les patates douces et autre légumes poussent a toute vitesse. Les poules sont assez autonomes également, elle se nourrissent seules bien souvent, picorant allègrement les insectes de la jungle. Parfois la fin des repas des humains leur est donnée si les chiens leur laisse une chance. Les cochons sont sauvages mais la chasse est toujours un sport apprécié. La pêche se fait souvent à marée basse dans les lagons, les plus sportifs feront de la plongée pour capturer les proies, mais nul besoin de se rendre au delà de la barrière de corail où la mer est déchaînée. Les maisons sont construites avec les matériaux offerts par la jungle. Le Vanuatu est donc l’un des rares pays où l’on peut vivre sereinement sans argent, en occupant le plus clair de son temps aux loisirs telle la consommation de kava. D’ailleurs, il est incroyable de constater que la plupart des jeunes, même après avoir fait des études à l’université de Port Villa, reviennent très souvent dans leur village pour y vivre. Le village est l’élément structurant le plus important du pays, tout le monde porte au cœur de son identité son village. A tel point que l’on m’a abordé plusieurs fois par la question suivante « Où est ton village ? » L’émigration et l’immigration sont anecdotiques. L’éducation et la santé pourraient certes être perfectionnées, les moyens de l’état sont faibles mais les infrastructures existent. Une île comme Epi de 5 000 ou 6 000 habitants disposent d’école dans chaque village, et d’un collège-lycée avec un internat à Laman Bay. Laman Bay dispose d’un grand dispensaire et la plupart des villages de petites infirmeries.

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Un grand nakamal, l’un des rares à avoir résisté au cyclone Pam.

Je me lance dans un tour complet de l’île, le centre n’est pas ou très peu habité. Le littoral est toujours la zone de prédilection d’installation des villages, si possible en face d’une grande baie. Mais quand la population d’un village atteint 300 ou 400 habitant certaines familles s’installent un peu plus loin et fondent un nouveau village sur un territoire offert par le chef du village ou sur un territoire vierge. Le chef de famille devient ainsi lui aussi chef de village. La fonction de chef est héréditaire mais pas toujours de père en fils, il y à un age minimum et il est fréquent que la transmission se fasse de frère à frère.

La moitié ouest du contour de l’île dispose d’une piste utilisée par la dizaine de véhicules disponible sur toute l’île. Il me semble que cette piste bénéficie au développement démographique des villages qu’elle relie. Chef Maurice qui m’hérberge une nuit, est tout de même le responsable d’un patelin de 500 âmes. Les langues locales en revanche pâtissent de cette autoroute. Le contact entre villages étant facilité l’usage du bichelamar progressivement prend le dessus même au sein d’individu du même groupe linguistique.

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Pêche à pied face à l’île-volcan Lopevi

Les habitants subviennent spontanément à tous mes besoins, je me fais offrir des fruits en début d’après midi par les groupes qui reviennent des jardin, certains m’accompagnent dans ma marche sur plusieurs km afin que je prenne le bon sentier où simplement pour me tenir compagnie. Quand je demande à n’importe qui où je peux dormir, je sais que je dormirais chez lui.

Il y a un village d’Epi qui n’est pas peuplé d’habitant originaires de l’île mais d’une petite île volcan voisine. Le volcan de Lopevi, belle bête de 1400m de haut, est entré en éruption il y a plus de 30 ans et a contraint la population à fuir les lieu. Les terres que ces gens occupent dans leur nouveau village leur sont prêtées par les chefs d’Epi. En revanche ils sont toujours les propriétaires de leur île sur laquelle ils se rendent encore quotidiennement en barque pour cultiver leur jardin. Le volcan semble s’être calmé depuis un moment et certaines familles commencent tout juste à se réinstaller sur place.

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Passé ce village je dois traverser une longue section de jungle sans habitat. On m’assure qu’il n’y a qu’un seul sentier et que je ne vais pas me perdre. En réalité ce fut un vrai labyrinthe surtout au début. Il y avait des tas d’embranchements menant vers des jardins. Comme il était souvent impossible de les différencier du bon sentier, je choisissais une direction au hasard en prenant bien soin d’enregistrer ma position GPS sur mon téléphone. Il n’existe pas de véritable carte d’Epi, mais simplement le contour de l’île avec une dizaine de points identifiés comme les sommets des trois volcans (éteints?). Je ne négligeais pas non plus la fameuse méthode dite du « petit poucet » en dessinant des formes reconnaissables à l’aide de bâtons trouver autour de moi. Méthodiquement je progresse sur le sentier, rebroussant chemin parfois sur plusieurs km. A mi chemin je croise un type qui cette fois ci me jure qu’il n’y a plus d’intersection. En effet le sentier, très étroit, me guide convenablement au fond d’une jungle épaisse, loin des falaises de la cote voisine. Une jungle sans fin, sur une toute petite île. C’est intimidant et rassurant à fois. Je prend en altitude, je grimpe à 500 m au dessus de l’océan jusqu’à un panorama grandiose sur la pointe sud-est de l’île. J’aperçois les lagons et lac au milieux desquels se trouve un petit groupe de village complètement séparé du reste de l’île. Au large, je vois toujours Lopevi et au moins quatre autre îles, dont une inhabitée tout à fait stéréotypé eavec sa plage de sable blanc, son petit lagon, sa petite montagne ronde et ses quelquee cocotiers. Mais donnez lui son Robinson la pauvre !

Sur la cote sud le seul chemin c’est la plage. On peut choisir de traverser les anciennes plantations de noix de coco, mais c’est à vos risques et périls. Un cocotier produit et donc laisse tomber environ 200 noix de coco par an tout au long de l’année. En passant sous des milliers d’arbres, on multiplie le risque d’une mort très conne.

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De retour à Laman Bay, je croise un Espagnol qui marche comme moi autour des îles. Alors que nous dînons dans le seul resto existant les murs se mettent à vibrer , faisant claquer les objet qui y sont accrochés, le sol tremble aussi et même gronde. Le tremblement de terre dure une dizaines de secondes, nous nous regardons encore d’un air stupéfait quand notre aubergiste déboule dans la salle le sourire jusqu’au oreilles. « Vous avez senti ça ? C’était génial non ? » Pour nous c’était la première fois, pour lui c’est presque banal, au Vanuatu il y a un séisme par jour en moyenne.

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Alors, Yasur bien?

Les difficultés pour obtenir mon visa néo-zélandais semblaient inextricables depuis les Fidji. Au bout de deux mois, je suis toujours dans l’impossibilité de savoir si je suis oui ou non porteur de la tuberculose, les différents tests sont mal réalisés et donnent des résultats contradictoires. Je choisis d’aller coûte que coûte en Nouvelle Zélande et pour cela il me faudra rentrer provisoirement en France. Pour me consoler de ce contre-temps, je m’offre une dernière découverte dans la région.

Les Fidji en tant que « gros » pays du pacifique sont un nœud régional important, j’ai donc l’embarras du choix. A l’ouest, il y a la France, avec la Nouvelle Calédonie. La France est aussi au nord-est avec les deux petites îles de Wallis et Futuna. Je ne vais pas en France immédiatement. Au sud-est se trouvent les Tonga, dont je connais déjà le bon caractère des habitants et que j’aurais adoré visiter également. Les îles Samoa sont plus loin encore a l’est, de l’autre coté de la ligne de changement de date. Le Tuvalu, un tout petit état de 8 atolls et 12 000 habitant, se trouve plein nord. Les seuls liaison maritimes ou ariennes vers ce pays se font depuis les Fidji, tant que ces îles surnagent face à la montée des eaux. Il y a même Nauru encore plus au nord, micro état à l’histoire aussi navrante que dramatique. Finalement le Vanuatu sera ma destination, il se trouve dans le prolongement sud des îles Salomon qui forment comme une queue de comète au sud est de la Papouasie. J’ignorais tout de ce pays, ce qui est une excellente raison d’y aller.

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Je laisse mon vélo en pension aux Fidji, il ne serait qu’un fardeau inutile dans cet archipel où les routes sont rarissimes. J’arrive à l’aéroport de Port Villa, la capitale et seule véritable ville, sur l’île d’Efaté. Je grimpe dans l’un de ces minis bus colorés qui sillonnent la ville à la manière des taxis brousses africains pour rejoindre le centre ville. La ville est petite et aérée, sans prétention mais agréable à parcourir, construite autour d’une très belle baie. C’est déjà une bonne surprise. Ce jour là l’affluence et même, par Toutatis, les embouteillages sont au rendez-vous du fait de la présence d’un énorme paquebot de croisière. Des milliers de touristes déferlent pour le plus grand plaisir des vendeurs de souvenirs qui forment une cohue à l’entrée du port. Les croisiéristes repartiront le soir même, sans même voir autre chose que cette ville. Port Villa étant le seul port du pays à pouvoir accueillir de tels monstres flottants.

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Les Vanuatais sont d’une gentillesse et d’une générosité déconcertante, en quelques minutes je suis orienté vers l’extrémité du port, d’où partent les petits cargos qui desservent la plupart des 83 îles de l’archipel. Je souhaite aller sur l’île de Tanna au sud du pays. L’ambiance du port me rappelle celle du Mali. Les équipages chargent les embarcations bien au delà de leurs capacité théorique sous le regard d’une petite foule souriante de passagers qui semblent ignorer le sentiment d’impatience malgré les retards systémiques de plusieurs heures.

Mon cargo fait une quinzaine de mètres de long , la ligne de flottaison est en partie sous l’eau et le générateur vient d’être bricolé quelques minutes avant le départ. Ce même générateur s’arrêtera plusieurs fois durant la traversé, privant notre cargo de tous ses systèmes de navigation et communication ainsi que de son éclairage durant de looooongues minutes en plein Pacifique. Nous sommes 20 passagers à nous partager 10 mètres carrés sur une plate-forme à l’arrière du bateau. La mer est très forte, le moteur gueule comme un dragon blessé, les vagues et la pluie inondent par moments notre refuge. Les Vanuatais ne sont pas un peuple de marin mais bel et bien des agriculteurs, et plusieurs passagers supportent très mal la traversée.

Nous faisons escale sur l’île d’Erommango, l’une des plus grande du pays mais seulement peuplée de quelques centaines d’habitants répartis dans trois villages côtiers complètement isolés les uns des autres. Isolé cela veut dire vraiment isolé, il n’existe aucun chemin, aucun sentier à l’intérieur de l’île. Ceux qui se sont risqués à l’intérieur des terres dans l’histoire récente se sont perdus, pour toujours. L’île était autrefois bien plus peuplée et des villages existaient dans chaque recoin de l’île. Les habitants ont dans leur mémoire collective le souvenir d’événements dramatiques, datant « d’avant le père de mon grand-père », « les gens mouraient comme des mouches », « une grande catastrophe » me dit-on. Mais que s’est il passé exactement ? Durant cette escale qui s’éternise, car le cargo s’est arrêté directement sur la plage et qu’il nous faut attendre maintenant que la marée remonte pour repartir, je ne parviendrais pas à en savoir plus. J’ai lu plus tard l’histoire du cataclysme d’Erromango. Les colons ont introduit à la fin du XIX siècles malgré eux une maladie contre laquelle les autochtones n’avait pas de résistance naturelle, 95% de la population a succombé à l’épidémie en quelques mois. Pour conjuré le sort les survivants on tué et mangé trois missionnaires européens qui tentaient sûrement de « sauver leurs âmes » grâce à la foi de Dieu.

Le cannibalisme était pratiqué dans la région entre clans rivaux. Le fait de manger son ennemi était une façon de l’humilier et de le supprimer pour toujours. Aux Fidji j’ai eu vent de pratiques antiques d’une cruauté et d’une horreur absolues. La victime étant par exemple maintenue vivante le plus longtemps possible afin qu’elle puisse assister de visu à la dégustation de ses membres. Des pratiques qui sont aujourd’hui tellement incompatibles avec la gentillesse et l’hospitalité de ces peuples qu’il semble aberrant de les y associer.

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Tanna est une île de 10km de long assez densément peuplée. 10 000 habitants dont plus de 3 000 à Lennakel, la capitale de l’île, une mégalopole dans le coin. Tanna se distingue par une forte identité, sa culture est originale par bien aspect du reste du pays. A Lennakel je suis hébergé par la famille de Robert, un instituteur francophone.

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Ah oui, avant de poursuivre, un aparté sur les langues au Vanuatu est nécessaire. Le Vanuatu est le pays qui à la plus haute densité de langues, plus d’une centaine de langues pour 280 000 habitants, soit une langue par groupe de 2500 habitants en moyenne. Les Vanuatais en tant qu’agriculteurs voyagent peu au sein de leur île, et encore moins entre îles, deux villages espacés d’un kilomètre peuvent très bien ne plus se comprendre dans leur langue réciproque. Pour complexifier la situation la colonisation du Vanuatu à été menée conjointement par la France et l’Angleterre. Il en a résulté une administration complètement bicéphale ou tout était en double. Il y a encore aujourd’hui deux systèmes scolaire, l’un francophone, l’autre Anglophone que je découvre alternativement d’un village à l’autre sans aucune logique de répartition. Heureusement, il y une langue compréhensible dans tout le pays, le bichelamar qui est un mélange de toute ces langues avec une bonne base d’anglais, du français bien sur, une grammaire plutôt germanique et du vocabulaire issu de tout le pacifique. Souvent les vieux s’adressaient à moi en bichelamar, je comprenais l’essentiel et je leur répondais en anglais.

Robert l’instituteur est content de pouvoir parler français avec un Français, depuis l’indépendance en 1980 la France se fait très discrète et l’immense majorité des touristes sont Australien et Néo-zélandais. Son village natal est à une journée de marche sur le flan de montagne vers le centre de l’île. C’est un village catholique et francophone, l’église fait bonne figure au milieu du village. Un prêtre fidjien de passage animera la messe le lendemain, mais mon intérêt se porte plus spontanément vers un autre lieu central pour la communauté, le nakamal.

Le nakamal, c’est l’agora du Vanuatu, le lieu ou les hommes, les vieux, les chefs discutent et résolvent tous les problèmes de la vie communautaire. C’est ici qu’un jeune homme cherchera l’assentiment de son futur beau père, c’est ici que les condoléances faites à une famille endeuillée seront formellement présentées et c’est aussi ici que l’on consomme le kava. Tanna est la seule île ou les nakamal ne sont pas des bâtiments en tant que tel mais une sorte de petite clairière entourée de grands banians. Ces arbres à la démarche onirique, ont toujours été mythifiés partout où ils poussent et il aurait été surprenant que les Vanuatais y fassent exceptions. A Tanna comme partout ailleurs, les femmes ne sont ni autorisées à boire du kava ni acceptées dans les nakamals.

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Comme je ne suis pas une femme, je suis convié en fin d’après midi au nakamal. Les vieux ont palabré toute une partie de la journée et il est temps pour eux d’aborder un moment un peu plus récréatif, s’il en faut. Les jeunes garçons apportent quelques friandises préparées par les femmes et s’activent à la préparation du kava. La racine fraîche est minutieusement nettoyée de toute la terre résiduelle à l’aide des fibres qui entourent les noix de coco avant d’être coupée en morceaux grossiers. Jusque là tout va bien. L’étape suivante était exclusivement exécutée par des garçons de 12 ou 13 ans me dit-on mais j’ai surtout vu des jeunes adultes la réaliser. C’est là que les occidentaux un peu timorés commencent à paniquer. Un type enfourne dans sa bouche une quantité conséquente de kava et mâche la chose sans l’avaler une bonne dizaines de minutes avant de tout recracher sur une feuille de bananier. La bouillie ainsi obtenue est passée dans l’eau, essorée plusieurs fois dans un genre de feuille que l’on trouve en haut des troncs des cocotiers pour en extraire le maximum de substance et enfin, s’il l’accepte, offerte au voyageur. Ce processus rend le kava 10 fois plus fort, en goût et en effet psychoactif qu’aux Fidji.

Alors que la nuit tombe subrepticement sur le nakamal, avec les premiers bols de kava distribués l’ambiance du lieu se métamorphose. Le silence s’insinue sans prévenir entre les hommes, nous sommes transportés chacun de notre coté par notre esprit libéré de son corps qui lui ne désire plus rien que le repos. Ceux qui parlent encore, murmurent et chuchotent comme s’ils avait peur de couvrir le bruit du vent dans les arbres. La pénombre fait place aux étoiles, les hommes se reconnaissent à nouveau pour un deuxième bol de kava si jamais le sommeil ne vous a pas déjà conquis.

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Je marchais depuis le matin sur des sentiers sinueux au centre de l’île, interrogeant chaque personne rencontrée sur ma direction, étant incapable de m’orienter seul dans ces petites montagnes raides et couverte de jungle. J’ai interrompu bien malgré moi, une réunion, semblait-il importante, en surgissant depuis le sous-bois au beau milieu d’un nakamal. Je passais donc une bonne journée, très aventurière et romanesque. Je marchais sur un étroit sentier, où les arbres fermaient le ciel comme dans un tunnel quand soudainement une petite clairière m’offrit un panorama sans égal sur le Mont Yasur. C’est un petit volcan de 300m seulement sur la pointe de l’île. Sa particularité est d’être le volcan en éruption le plus accessible du monde. Éruption douce et lente qui dure depuis environ 800 ans. J’observe un cône très régulier, un panache de fumée sort du cratère et à intervalles rapprochés de puissants grondements résonnent. Je fais face à la « plaine des cendres », le nom du lieu parle de lui même. Le vent poussent toujours les cendres volcaniques dans la même direction, créant dans cette île tropicale un mini désert grisâtre traversé par une petite rivière. Sur l’autre versant une végétation frêle se développe courageusement. Le fond du tableau, c’est l’océan pacifique dans lequel le cracheur de feu trempe les pieds.

Le volcan est l’une des principales attractions touristiques du pays, chaque jour une cinquantaine de personnes sont transportées en 4 x 4 jusqu’à son cratère par une piste aménagée. Une société étrange gère le site. La visite coûte près de 70 euros. J’ai lourdement insisté pour avoir des informations sur la justification de ce prix, interrogé les villages aux alentours, sur l’existence ou non d’une redistribution de cette manne. J’ai interrogé les employés de la société sur leurs salaires, dérisoires, semble t-il. J’ai également interrogé les personnes qui gravitent autour de ce phénomène touristique en louant tant bien que mal des hébergement aux alentours immédiats du volcan. Conclusion de mon enquête, quelqu’un exploite le volcan pour son unique profit, du coup je ne payerai pas.

La solution m’a de toutes façons rapidement été indiquée par les jeunes du coin, il y a un sentier sur le flanc végétalisé du volcan au bout de la plaine des cendres. Je m’y attaque l’après midi, quand la majorité des gens font la sieste. Le chemin est un peu confus au départ, finalement le seul but est de grimper à l’abri des regards caché dans les herbes. Je me retrouve en 40 minutes sur un petit replat ou la végétation s’arrête net, il ne reste plus que quelques dizaines de mètres de dénivelé avant le sommet. le sol vibre à chaque éternuement de la montagne, ce drôle de sol sableux gris foncé, parsemé de pierre noire patatoïde de toute tailles. Ce volcan, à ce moment là, me semble tellement correspondre à une image de livre d’enfant qu’il ne m’effraie pas. Cette forme si parfaite, cette taille raisonnable, ce petit panache de fumée, c’est juste une mignonne petite colline qui grogne. Le petit prince ne va pas tarder à arriver pour son ramonage. Je devine enfin le bord du cratère quand une détonation nettement plus forte que les autres, me pétrifie sur place. J’entends ensuite des genres de sifflement dans l’air et observe comme un nigaud, l’atterrissage sans grâce d’une pierre rougeoyante de 50cm à 10m de moi. Pof ! On m’avait dit « t’inquiète, en dix ans seulement deux personnes on été tuées par le volcan. » Cool. J’arrive au sur le cratère, ça fout les chocottes. Dans le cratère il y a en fait deux cratères comme les narines d’un dragon. Au fond c’est l’enfer sur terre, la lave s’agite comme l’eau d’un jacuzzi. De petites explosions propulsent des grosse gouttes de lave qui retombent au fond, puis le volcan semble se calmer, le bruit de la lave liquide sur les parois s’estompent mais c’est une feinte. Quand le silence va naître, la bête le tue dans un fracas sec et musclé, la cendre et parfois la lave sont expulsées sans ménagement avant qu’à nouveau le ciel s’éclaircisse et que ce cycle reprenne. Je reste quelques dizaines de minutes sur place le temps de prendre le tempo de cette respiration tellurique.

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Bon, voilà qui fut, sans exagération, une expérience unique dans ma vie mais c’est bien mieux de nuit me dit-on. Je réitère mon ascension le lendemain à 3h du matin, j’évite d’utiliser ma lampe pour le pas être repéré par les soi-disant gardes de cette fumeuse société qui exploite le volcan. Du coup, je manque le sentier végétalisé. Je grimpe directement dans la pente sableuse, créant de nombreux mini glissements de terrain qui me font reculer d’un mètre quand j’en parcours deux. J’escalade frénétiquement le monument géologique dans un mélange d’excitation et de panique quand un gag me traverse l’esprit. A cette allure je risque d’arriver comme un fou au bord du cratère et de tomber dedans comme un toon. Sauf que les toons sont invincibles et pas moi. Je m’arrête, je me marre, je repars, tranquillement. La nuit la lave se révèle partout à mes yeux et le lieu est encore plus flippant. Toute une partie de l’intérieur du cratère brille, la lave est projetée en l’air dans un spectacle de son et lumière du feu de Dieu, un feu d’artifice qui me file des mini arrêts cardiaques à chaque pétarade. Les pierres brûlantes en retombant sur les parois se brisent en petits cailloux incandescents qui résonnent dans la nuit.

Je me dresse au bord du gouffre de feu, et fais pipi dedans.

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Bula bula

On y arrive, ce pays aurait bien mérité trois articles mais un c’est déjà chouette.

Je suis toujours dans ce continent qui n’en est pas un, à savoir l’Océanie. J’atterris dans l’un des plus grands pays de la région que ce soit en terme de population ou de surface. Les Fidji. 900 000 habitants répartis sur plus de 300 îles. L’archipel est assez ramassé sur lui même, à par quelques exceptions, chaque île est accessible en quelques jours de bateau depuis Viti Levu, l’île principale au centre du pays. Cette dernière de forme ronde et de 150 km de diamètre accueille les trois quart de la population. Cette population justement est divisée en deux groupes ethniques principaux qui façonnent la société fidjienne. 60% des fidjiens sont issus des vagues successives de migration mélanésienne qui ont colonisé le Pacifique à partir du second millénaire avant JC. Différents peuples à différentes époques se sont tantôt métissés, tantôt fait la guerre et ont ainsi façonné l’homme fidjien d’aujourd’hui. Puis un jour ce sont les Anglais qui arrivent. Il y a bien une ville ou les métis européens/fidjien sont majoritaires mais cela reste anecdotique. Le colon britannique s’empare progressivement de l’archipel et fini par développer la culture de la canne à sucre. Seulement cette plante demande beaucoup de main d’œuvre et les fidjiens sont un peuple hédoniste et paresseux, très attaché à ses traditions, à son territoire et surtout à ses villages. La culture de manioc et autres plantes tropicales, la pêche, subviennent amplement à leurs besoins. Les travaux physiques ce n’est pas leur tasse de thé. Du coup les Anglais font venir des travailleurs d’Indes, plus motivés et plus entreprenants. Les Indiens sont resté après l’indépendance du pays, ils dirigent la quasi totalité des commerces du pays, vivent dans les villes principalement où ils expriment la diversité de leur groupe. Ils sont hindous, musulman, sikh ou chrétien. L’entente entre ces Indo-fidjien et les fidjio-fidjien est parfois conflictuelle. Les fidjiens d’origine îlienne bien qu’étant un peuple très accueillant, possèdent la grande majorité des terres en tant que propriétaires historiques et refusent souvent de vendre des lots aux Indiens. D’un point de vue politique les équilibres au sein du gouvernement sont d’une grande complexité et les mariages mixtes pas toujours bien acceptés.

      

Voila pour le décor mais avant approfondir le sujet je dois vous conter une histoire de bacille de koch. C’est une bactérie vieille comme l’humanité qui infecte généralement les poumons. Cette bêbête vit sur tout les continents, des dizaines de millions de personnes en sont porteurs et 1,5 million de personnes en meurent chaque année. (Pour 95% dans les pays pauvre, car ça se soigne très bien aujourd’hui)

Moi je savais pas ce que c’était que la tuberculose, je savais juste que pour obtenir mon visa néo-zealandais, ayant voyagé précédemment dans des pays dit à risques, je devais faire une radio des poumons. « Ouais, c’est 90 dollars de gâchés, les gars, si j’avais la tuberculose, je le sentirais après 45 000 km de vélo » j’ai dit. Bin ma radio elle était « suspecte », qu’ils ont dit. Comme l’annonce de cette suspiscion a coïncidé avec mon arrivée aux Fidji c’est ici que je devais faire les tests complémentaires demandés par l’immigration néo-zélandaise.

L’aéroport n’est pas à Suva la capitale mais a l’exact opposé de Viti levu à Nadi, ville sans intérêt. Je me rend 30km au nord à Lautoka, la seconde ville du pays où l’hôpital devrait être capable de réaliser les tests demandé. Je ne suis pas inquiet pour ma santé, je me sens bien, quand bien même j’aurais la tuberculose cela serait sous forme dormante, donc jusque là inoffensive. Mais je suis inquiet de la capacité de l’hôpital Fidjien à réaliser les tests selon les critères néo-zélandais. L’hôpital de Lautoka est calme, propre et quasiment gratuit ce qui est une bonne chose. La procédure n’est pas scrupuleusement respectée mais la jeune doctoresse tente de me rassurer en me disant qu’ils sont habitués à travailler avec la Nouvelle Zélande. Il faut six semaines dans tout les cas pour que les résultats soient disponibles, ça laisse le temps de visiter le pays.

Trois mois avant mon arrivée le pays a été frappé par le cyclone Winston, le cyclone le plus violent de mémoire d’homme dans l’hémisphère sud. Le nord de Vanua Levu à été particulièrement affecté et c’est par là que je me dirige.

Je suis accueilli dans un premier village puis dans tous les autres avec beaucoup de simplicité. La coutume traditionnelle toujours de vigueur est simple. A mon arrivée je demande aux enfants qui se sont amassés autours de moi plein de curiosité et de timidité où est la maison du chef. Il y en a toujours un pour dire que c’est son père ou son grand père. J’offre au chef le kava que j’ai apporté avec moi et en échange le chef fait de moi son invité.

     

Ce premier village a été relativement épargné par le cyclone, une dizaine de maisons ont été endommagées sur la vingtaine de foyers et la solidarité villageoise est à l’œuvre pour reconstruire. L’électricité fera son grand retour le matin même de mon passage. Il est vrai que je me trouve encore le long de la principale route de l’île qui est la seule à être goudronnée, l’accès aux lieux est aisé.

A oui, le kava j’en ai déjà parlé dans un précédent article, c’était lors de ma cohabitation avec les Tongiens en Australie. Petit rappel pour ceux qui arrivent. Le kava c’est une racine que l’on réduit en poudre après l’avoir fait sécher. Cette poudre est diluée dans l’eau et la boisson ainsi obtenue est centrale dans la plupart des cultures du Pacifique. Le kava est traditionnellement consommé pour les cérémonies en tout genre, des mariages, enterrement mais également pour honorer l’arrivé d’un visiteur. De plus en plus on consomme le kava pour le simple plaisir de convivialité d’un moment partagé.

Cette boisson à des vertus relaxantes et anti-dépressives. Une consommation raisonnable pourra vous donner envie de dormir et vous procurera un sommeil profond selon votre sensibilité. Un excès malgré l’absence d’alcool vous rendra ivre et votre nuit sera agitée de rêves déconcertants comme si vous aviez trop fumé d’herbe. Le lendemain après avoir un peu trop usé du kava on est souvent envahi d’une paresse irrésistible et les sieste à l’ombre des cocotier se multiplient. Mais le kava ne se boit jamais seul, c’est autour de ces grands saladiers en bois sculpté et dans ces demi noix de coco que toute la socialisation et la convivialité du pays s’organisent. Le goût est infect.

Les jours suivants je m’engage sur des pistes couvertes de grosses pierres, très difficiles à franchir à vélo. Je fais le yoyo sur des collines à quelques centaines de mètres du rivage. Je dois descendre de vélo quasiment à chaque cote tellement la pente est forte, la roue dérape à chaque coup de pédale et je dois pousser le vélo de toute ma puissance suant des litres pour chaque mètre conquis. Les descentes se jouent crispé sur les freins, en tentant de maintenir mes trois roues sur ces cailloux qui se dérobent à mon passage.

Ici les villages on été anéantis par le cyclone. Souvent Winston n’a laissé qu’une école ou une église endommagée, seuls bâtiments construit en dur. Les ONG ont fourni des tentes à la population comme abris provisoires. Le gouvernement distribue quelques aides financières, malheureusement insuffisantes mais tellement nécessaires.. Les tôles des maisons détruites ont été récupérées pour reconstruire des petites cabanes de fortune. Trois mois après le désastre beaucoup d’ONG sont déjà reparties et faute de moyens la reconstruction pourra prendre des années. La plus grande difficulté maintenant vient de la destruction des plantations. Le kava par exemple met entre 3 et 7 ans à arriver a maturité et son prix a explosé sur les marchés locaux. Les cocotiers replantés donnerons leurs premiers fruits au plus tôt dans 3 ans. On me dit que le retour à la normale ne se fera pas avant cinq ans.

De Viti Levu je prend le bateau pour Vanua Levu deuxième plus grande île, je sais pas trop comment décrire sa forme, pour une fois on s’en passera. Viti Levu est beaucoup moins dense que sa grande sœur. On y trouve de grandes plantations de pins, principalement a l’ouest et de grands espaces de jungle encore très protégés par leurs propriétaires historiques que sont les chef de village. Ceux ci se définissent d’ailleurs souvent comme étant les protecteurs des lieux, ils déclarent volontiers que c’est eux qui appartiennent à la terre et non l’inverse.

Les Fidji sont des îles volcaniques hautes. Le point culminant est à plus de 1300m d’altitude, il y a un peuple des mers et un peuple des montagnes. Bien que pas menacé directement par la montée des eaux, le réchauffement climatique est une menace indiscutable pour le pays comme partout ailleurs, Winston étant un exemple évident du danger en cours.

D’autres états voisins n’ont pas cette chance. Les Kiribati, un archipel composé uniquement d’atolls, sera l’un des premier état à disparaître sous les eaux. Et cela dans un futur très proche, certain experts estiment que ce pays sera inhabitable dans 20 ans. Le gouvernement des Kiribati  a acheté des terres sur l’île de Vanua Levu, afin de préparer l’exode inéluctable de la population. Aujourd’hui plus de 110 000 personnes vivent aux Kiribati. Les Fidji pourront ils absorber l’équivalent de 15% à 20% de leurs population en réfugiés climatiques? La société et la culture gilbertine ne risque t-elle pas de disparaître doucement au profit d’une diaspora ? Ces états comme le Tuvalu, les iles Marshalls, les Maldives se débattent avec la force du désespoir et sombrent dans un océan d’indifférence.

Après Labasa la capitale de l’ile, je décide de m’enfoncer un petit peu dans les montagnes. Les pistes sinueuses deviennent de plus en plus étroites, le trafic routier est quasi inexistant. Les villageois marchent, souvent pied nu, toujours avec une machette vers les plantations, ou vers l’école pour les enfants. En une journée je parcours entre 30 et 40 km, je ne pensais pas de toutes façon être capable de faire plus. Les ornières, la boue, les pentes rendent la présence de ce vélo à remorque complètement aberrante.

Je suis accueilli dans l’un des villages les plus isolés du coin. Il y a une trentaines d’habitants, tout les hommes sont assis en cercle autours du kava. Le chef bien évidemment m’invite à rester, « un mois, deux mois, trois mois si tu veux » et me désigne même une maison dont la famille est provisoirement absente, comme étant la mienne jusqu’à mon départ. Le mec est grand favori au concours de la meilleur hospitalité intercontinentale. Le lendemain il pleut alors je reste une journée. Le chef et ces fils me font visiter les environs et me racontent les histoires qui s’y rattachent. Je crois comprendre indirectement que certaines croyances antérieures à leur conversion au christianisme persistent mais le chef pourtant très bavard, ne s’attardera pas sur le sujet malgré mes relances. Je quitte les lieux accompagné d’un des fils du chef qui va dans le même direction que moi. Je pense que sans son aide je n’aurais jamais pu franchir cette piste devenu collante après 30 heures de pluie. Il me laisse en haut du dernier col à 500m d’altitude, d’où je peux me laisser rouler jusqu’au rivage. Si je garde un souvenir si agréable de ce lieu, pour la gentillesse de ses habitants, son isolement, la beauté des montagnes, des arbres, des cascades je dois y apporter une nuance de taille. Les femmes y étaient mal considérées, recluses dans les maisons, et même battues. Si ce n’est malheureusement pas une réalité spécifique à ce village, je l’ai ressenti ici beaucoup plus violemment que dans de nombreux autres endroits.

Je passe la fin de mon séjour aux Fidji sur la belle île de Taveoni, entre plage et montagne. Les résultats de mes tests a l’hôpital de Lautoka, sont complètement confus et contradictoires. J’ai pris la décision d’aller en Nouvelle-zélande et j’irai. Il m’en prendra juste plus de temps que prévu. En attendant et pour me consoler de ce contre temps je m’offre une dernière découverte dans le Pacifique.

Taveoni est l’une des rares îles à être traversée par le méridien 180, c’est à dire la ligne de changement de date. Selon sa place dans ce cinéma on peut voir un film la veille de sa sortie alors que votre voisin de siège le verra le bon jour.

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Eau claire et opale

Je dois maintenant résumer des mois de voyage en quelques paragraphes pour recoller à la temporalité, je m’en excuse d’avance, cela risque d’être beaucoup moins littéraire et beaucoup plus factuel que précédemment. Mais toujours en photo. Et puis c’est mon blog, je fais ce que je veux après tout. Si ça vous plaît pas allumez donc votre télé vers 19h sur la 8. Nanmého !

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Au nord de l’Australie la saison des pluies a fini par arriver, les températures et l’humidité sont montées en flèche donnant l’impression à tout un chacun de vivre dans une cocotte minute. De toutes les régions et de tout les climats que j’ai expérimentés cette période a été la plus dure du point de vue climatique. J’ai alterné travail dans les plantations de citrouilles et de bois de santal et vélo jusqu’à la ville de Katherine.

La Stuart hightway est inondée, la veille de mon passage il y avait plus d’un mètre d’eau

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C’est durant la semaine de Noël qu’il s’est mis a pleuvoir sans discontinuer pendant plus de quatre jours. Les rivières débordaient de toutes parts sur les routes, remplissaient les lacs habituellement secs du désert plus au sud et allaient jusqu’à menacer certaines habitations.

Entre Noël et le nouvel an je profite de quelques jours d’accalmie pour m’extraire de la région tropicale du nord et foncer droit au sud sur la Stuart highway, l’unique route qui traverse le pays du nord au sud. Je rencontre beaucoup plus d’aborigènes. C’est dans le territoire du nord qu’ils sont le plus représentés. Ils vivent encore sur leur territoire historique dans des villages que l’on appelle « communautés » . L’attachement qu’il ont à leur terre est primordiale voir viscérale et le fait de vivre chez eux au milieu du désert semble parfois être l’un des derniers reliquats de leur identité. Leur culture si violemment attaquée par la colonisation d’une brutalité inouïe n’a pas été le bouclier qui aurait pu les sauver aujourd’hui. Car même ces aborigènes vivant dans ces communautés, une minorité dans la minorité, quelques dizaines de milliers d’individus, ne sont plus ce que l’homme blanc a irrémédiablement détruit. Les aborigènes qui peuplent le désert vivent beaucoup trop encore d’ennui, de violence et de drogue. La chasse, si elle se pratique encore se fait avec des fusils depuis un 4×4 et le reste des aliments provient des petites boutiques subventionnées par le gouvernement où les aborigènes dépensent l’argent reçu de ce même gouvernement. Ce dernier est aujourd’hui plein de culpabilité et de remords face à la situation des aborigènes et est incapable de trouver la bonne attitude pour apaiser les souffrances. De l’autre coté les aborigènes sont conquis par une colère voire même une haine de l’homme blanc sans être capables encore de rendre cette colère productive. Cependant, je pense qu’il ne faut pas non plus idéaliser la société traditionnelle dans laquelle ils vivaient, celle ci était tout autant en prise avec les guerre tribales, les rapts de femme ou les massacres d’un clan par un autre et la dureté de la survie dans cet environnement hostile. A mon niveau, avec la rapidité des rencontres que j’ai pu faire, j’ai souvent remarqué la grande sensibilité de ces gens par rapport à leur environnement, à la force des arbres, la fragilité de certain animaux, la chaleur du sable, l’odeur de l’herbe …

Je dépasse Alice Spring, la ville qui est sur toute les cartes du monde car elle se situe presque exactement centre du continent et poursuis sur une route de plus en plus sèche ou les arbres finissent par disparaître complètement faute d’eau jusqu’à Cooper Pedy.

    

    

L’unique arbre de Cooper Pedy durant plusieurs décennies

Cooper Pedy est une ville étrange. Elle se trouve dans la zone la moins arrosé du pays, 50mm de pluie par an. Son unique raison d’être est la présence d’Opale, une pierre précieuse, dans son sous-sol. Les mines de toutes tailles se trouvent tout autour de la ville et dans la ville même. Il n’y a pas d’arbre alors les habitants installent de vieilles carcasses de voitures ou de machines de mine dans leur jardin dont le sol est couvert des opales de basse qualité. L’ambiance générale de la ville est surprenante et assurément unique.

   

Enfin j’arrive au sud du pays sur les berges du fleuve Murray, plus grand fleuve d’Australie. L’irrigation massive des plantations a complètement déstabilisé l’environnement naturel du fleuve qui souffre de la présence d’espèces de poisson invasive de même que les barrages ont brisé les cycles de crue et décrue auxquels les grand gommiers des berges doivent leurs survie. Sans ces cycles, aujourd’hui recréés de façon contrôlée, ces arbres symboles de la région mouraient par milliers après plusieurs siècles d’existence. Je ramasse des prunes. Des fruits dans une petite ferme et une pour non port du casque à vélo de 160 dollars. Eh oui en Australie et dans de très rares autres pays le port du casque a vélo est obligatoire. Les états du sud sont surnommés les « nany’s states » (états nounous) en raison de leur extravagante capacité à réglementer la vie quotidienne des gens comme si toute la population sortait de l’adolescence.

    

A Melbourne Maman arrive pour quelques semaines, au programme visite de Melbourne et de la Tasmanie en van de hippies pour mes derniers moments en Australie.

 

 

Une dizaine de jours après le départ de ma mère c’est à mon tour de me rendre a l’aéroport de Melbourne, vélo et remorque soigneusement emballés. Je quitte l’Australie satisfait, satisfait d’avoir eu deux ans pour approfondir ma découverte de ce pays gigantesque, d’avoir pu aussi me sédentariser par intermittence. J’ai apprécié ce pays pour la grandeur des espaces, pour la facilité que l’on a à trouver du travail, un logement qui donne une réelle sensation de liberté. Mais il y a quelque chose dans le système australien qui ne me correspond pas, trop capitaliste, trop libéral, trop americano-anglo-saxon trop far-west peut être, quoi qu’il en soit je suis content d’aller à nouveau me confronter à l’inconnu vers de nouvelles contrées.

 

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Fire

Attention, reprise en main progressive du blog et du voyage, très léger décalage temporel entre les événements relatés ci dessous et la situation d’aujourd’hui. Cette fois si c’est la bonne je vais me remettre à écrire en quasi temps réel. De toute façon c’est mon blog, je fais ce que je veux !

La « Great northen hightway » est l’unique route qui connecte Broome au reste du pays. Le vélo, la remorque et moi même avançons toujours plus à l’est. Aprés 180km, Derby est la première et dernière ville de ce segment d’Australie. Derby est l’une des ces étranges villes des régions désertiques. Sans caractère particulier, sa population supérieure à 2000 habitants en a fait l’un des principaux centres régionaux. Derby a bien sûr sa petite histoire à conter, c’est ici entre autre anecdote qu’étaient « jugés » les prisonniers aborigènes a la fin du XIXieme siècle. Les prisonniers étaient conduits enchaînés à travers le bush durant de longues et humiliantes marches donc l’une des dernières étapes était un énorme baobab au tronc creux qui servait de cage pour la nuit. L’arbre est encore présent aujourd’hui. Derby est un lieu qui de nos jours semble à la fois victime et dépositaire de son isolement. A Derby commence la fameuse « Gibb river road ».

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Comme nombre de voyageurs avant moi, je fais le plein de tout, eau, nourriture et essence pour le réchaud, je lave mes vêtements dans les toilettes publiques, vérifie l’état du vélo, m’assure d’avoir un téléphone chargé … La « Gibb’s » comme l’appelle les Australiens est une piste rugueuse de plus de 600km qui relie les immenses « cattle stations » des Kimberley jusqu’à Kununura à la frontière du territoire du nord. Aujourd’hui l’itinéraire est très prisé par les touristes et la piste est réputée moins pénible qu’autrefois. Il est sûrement bon de rappeler que « moins pénible » n’est pas synonyme de « facile ».

Les 100 premiers km sont partiellement bitumés mais les sections qui ne le sont pas annoncent la couleur. Les « currigations », ondulations formées sur la piste par le passage des voitures, sont une difficulté persistante des pistes australiennes. Il me faut en permanence scruter le sol et réduire ma vitesse pour éviter d’endommager vélo et remorque sous les à coups répétés. Je zigzague sur toute la largeur de la piste afin de trouver la meilleure surface sous mes roues. Il faut éviter les plus grosses pierres et se méfier des passages sableux. La remorque est deux fois plus lourde qu’à l’habitude ce qui rend son contrôle beaucoup plus ardu. Chaque portion de route qui se révèle devient autant de petits challenges qu’il me tient à cœur de réussir.

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Aprés plus de deux jours de piste j’atteins une première station service. Celle ci est fermée depuis plus d’un an. La famille aborigène qui la dirigeait a laissé les habitants de la communauté voisine consommer à crédit jusqu’à épuisement des stocks et des fonds. Les aborigènes ayant un rapport si chaotique avec l’argent, la faillite de l’établissement était inéluctable. Qu’importe pour moi, les robinets d’eau sont restés fonctionnels. Les journées sont chaudes et j’ai fait le choix de n’avoir « que » 18 litres d’eau au maximum soit deux jours d’autonomie.

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Le paysage est à mi chemin entre la savane et la forêt, trop dense pour être le premier, trop clairsemé pour être le second. Les arbres ont de toutes petites feuilles qui se raréfient en cette fin de saison sèche. A cette période de l’année le risque d’incendie est maximum. La terre est d’autant plus sèche le la précédente saison des pluies a été très mauvaise. Des pistes secondaires mènent vers les gigantissimes cattel station, il faudrait parfois parcourir encore des centaines de km pour les atteindre. La saison touristique touche à sa fin, il y à une quinzaine de voitures par jour, parfois moins et ce n’est pas pour me déplaire.

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J’avance lentement mais avec une bonne assurance m’installant dans une heureuse routine aux fil des jours. Les paysages se vallonnent laissant apparaître d’extraordinaires points de vue sur le bush. Les animaux toujours aussi présents en Australie m’apparaissent comme autant de clins d’oeil de la puissante nature. Les dingos (chiens sauvages arrivés en même temps que les aborigènes) sont plutôt du matin, ils courent le long de la ligne d’horizon s’arrêtent quelques secondes et pour me regarder et reprennent leur course aussi spontanément avec cette liberté agaçante qui n’appartient qu’a eux. Les crocodiles d’eau douce (ceux là sont de petits crocodiles incapables de s’attaquer à l’homme) quant à eux, sont coincés dans les petits bassins d’eau stagnante que l’on trouve encore dans le lit des rivières asséchées. Ils attendent plus que quiconque les premières pluies. Les oiseaux de toutes tailles, du tout petit bavard, rouge, vert ou bleu vif qui tiendrait dans la main aux grands émeus avec leur démarche comique, tout le monde est là. Hop hop hop, mon bestiaire serait incomplet sans ces diables à ressorts qui traversent quotidiennement la route devant mes roues et que je ne nommerai pas cette fois ci.

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Il existe plusieurs communautés aborigènes dans la région, mais c’est un peuple difficile à aborder et pour le moment je ne fais que les croiser dans leurs voitures déglinguées sur la piste. Désormais c’est ainsi qu’ils vont et viennent d’un coté à l’autre des Kimberley. Il est bon de savoir que si vous devez tomber en panne dans ce type de lieu et abandonner votre véhicule sur le bord de la route, il ne se passera pas 24h avant que la communauté aborigène la plus proche, en bon chasseurs cueilleurs qu’ils sont toujours, désosse complètement votre voiture de tout ce qui est potentiellement utile. Je sais aussi que les aborigènes ont une connaissance, une compréhension et un attachement incomparable à leur territoire. Chaque point remarquable du paysage, chaque point d’eau, chaque monticule rocheux, chaque courbure du relief abrite selon les cas, un mythe, une divinité, un ancêtre, une malédiction. Les aborigènes sont un peuple qui font corps avec leur environnement. Leur philosophie leur indique de laisser l’empreinte la plus discrète de leur passage dans le monde du vivant. Il n’existe pas de vestige, de construction ni d’écrits aborigène, toute la culture est orale à l’exception de rares peintures et gravures rupestres. Parfois certaines de ces peintures sont indiquées au touristes, plus souvent elles sont gardées secrètes pas les tribus.

Dans les derniers jours de ma traversé de la Gibb River Road, la route monte le flanc d’une petite chaine de collines – un « ranch » comme on dit ici – et passe au pied de ce qui semble être son point culminant, un gros rocher d’une centaine de mètres de large en forme de flamby au caramel. La vue est remarquable et la journée bien avancée. Je m’engage sur un genre de sentier qui traverse des grandes herbes sèches jusqu’à la base du dessert gourmand. Il y a une petite surface plane ou l’herbe a été couchée, parfait pour mon bivouac. Juste au dessus de moi sur la roche je découvre, ravi, des gravures laissées par des hommes qui on peut être campé sur le même talus ou je m’apprête à passer la nuit. Ces dessins sont simples mais sûrement pas anodins. Je reconnais entre autres choses les traces de pas de kangourous et émeus et plusieurs lézards. Galvanisé par ma découverte je passe à deux doigts de la catastrophe en préparant mon dîner. J’arrache l’herbe sur une petite zone et pose mon réchaud à essence sur petite plaque d’alu prévue a cet effet. Lorsque je l’allume une goutte d’essence enflammée est projetée au delà de l’habituel et atteint cette herbe plus sèche que la paille. Je bondis en arrière et déverse le contenu d’un bidon d’eau de cinq litres sur mon départ d’incendie qui en un quart de seconde faisait déjà plus d’un mètre de large. Une seconde de plus et j’étais responsable d’un énorme incendie qui potentiellement aurait ravagé des centaine de km de terre. Je soupçonne les esprits aborigènes d’avoir voulu m’envoyer un message. Reçu.

La dernière difficulté de cette route, finalement très éprouvante, avant de rejoindre enfin la ville de Kununura est la traversé à gué du fleuve Pentacost. Le problème ce n’est pas l’eau, il y en a peu en cette saison, mais ce qui s’y trouve. Le crocodile d’eau de mer (qui vit aussi dans les fleuve) à déjà été vu sur ce passage. Chaque année environ deux personnes sont tuées et mangées au nord de l’Australie par ces bêtes. Bon, je garde la tête froide des centaines de personnes passent par la chaque année, en voiture, en moto et en vélo ils sont tous arrivés en entier sur l’autre berge. Le fleuve fait 200m de large et l’eau peu profonde est translucide, s’il y avait un croco peut être que je le verrais … Un spécialiste de la question à Broom m’avait prodigué ses conseils : « quand tu vois un crocodile, généralement c’est trop tard ! S’il t’a attrapé le bras par exemple, ne te débats pas, il va vouloir prendre une meilleur prise. Quand il ouvre la bouche pour prendre plus haut, c’est là que tu as une chance de t’enfuir. » Je me demande encore qu’elle était la part d’humour de ce conseil !

Finalement le principale enseignement de cette traversée c’est que l’eau était rafraichissante. Quelques 200 km encore et me voici arrivé à Kununura dernière ville de l’Australie occidentale.

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Pedicab Co

Il y a cette petite péninsule du nord-ouest australien, un petit rectangle de 5km de large sur 15km de long qui pointe vers le sud. Broome et ses 15 000 habitants y bénéficient d’une double exposition à la mer. Le flanc-est et sa grande plage de sable blanc offrent de sublimes couchers de soleil alors qu’au même moment, les soirs de pleine lune, l’ouest de la ville et sa mangrove présente un spectacle inhabituel lors du lever de lune. La lumière de la lune se reflète sur le sable mouillé en plusieurs endroits et crée l’illusion d’un escalier qui mène vers l’astre nocturne. Broome vit du tourisme, sans complexes. Au delà de l’attractivité de la ville elle même, c’est le point de départ de milliers de visiteurs qui partiront à l’assaut de la péninsule de Dampiere au nord et de son du fameux cap Leveque ou bien de la grande région des Kimberley à l’est. Broome doit son développement initial à la production de perles. Les Japonais étaient à l’époque de grands experts en la matière. Ils formaient une communauté importante qui a laissé une emprunte discrète mais certaine dans la ville d’aujourd’hui. Les Japonais de Broome ont été chassés lors des bombardements du Japon impérial sur la ville en 1942. Le centre ville jusque là appelé Japantown fut renommé Chinatown.

Aujourd’hui encore l’industrie de la perle est performante, les huitres sont cultivées dans de grandes fermes marines aux alentours. Le climat n’est plus désertique, mais pas encore tropical. Les hivers sont très secs et chauds, et les étés pluvieux et suffocants. Comme c’est souvent le cas en Australie le bâti est très étalé dans de grandes zones résidentielles et industrielles construites autour d’un petit centre ville. Les différents quartiers sont bien identifiables, délimité par de larges faubourgs qui forme le squelette de la ville. Les deux plages forment deux polarités secondaires bienvenues qui avec Chinatown créent un grand triangle central. Les quartiers résidentiels du sud, en direction du port, sont les plus pauvres. Ils abritent entre autres la majorité des aborigènes de la ville, entre 15 et 20% de la population . Les quartiers du nord, beaucoup plus proches de « Cable beach » la principale plage, sont riches, bien entretenus. L’ambiance est celle d’une image de synthèse présentée par les promoteurs immobiliers avant la réalisation d’un projet d’envergure. J’avoue que je trouve leur esthétique fascinante.

Lorsque j’étais à Barn Hill, j’ai pu au bout d’un rocher capter un léger signal internet sur mon téléphone. J’en ai profité pour consuler le principal site d’annonce et suis tombé directement sur le message d’un type qui cherche des « Pedicab’s drivers » pour toute la saisons touristique. Pedicab, vous le saurez dorénavant, c’est le nom australien pour taxi-vélo. Il me semble, sans prétention, que j’ai le profil pour le job.

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A peine arrivé, j’appelle le type en question. Smicko il s’appelle. Il me donne rendez-vous le lendemain matin chez lui, quartier sud. Je suis heureux en découvrant le lieu où Smicko vit et travaille. Il y a des dizaines de vélos récupérés qu’il retape, des bicyclettes farfelues en tout genre, certaines avec un nombres de roues indéfinissables, d’autres parfaitement impossibles à piloter mais d’une grande élégance. Je sens que nous avons la même idolâtrie pour la petite reine. Nous bavardons vélo entre spécialistes, ne lésinant pas sur le jargon technique pour s’assurer que l’on ne traite pas avec un amateur et se rassurer du fait que l’on n’en est pas un soi-même. Smicko me fait faire le tour de son atelier, exhibant ses plus belle pièces. Je vante la solidité de ma monture, affichant fièrement les dizaines de milliers de km endurées par la bête. Je suis content de ce premier contact, car en ville depuis à peine plus de 24h j’ai déjà entendu plusieurs rumeurs sur Smicko et son tempérament. Le fait est que c’est un personnage, j’y reviendrai.

Smicko loue ses pedicabs, équipés d’une assistance électrique aux chauffeurs, comme moi, qui se débrouillent pour trouver les clients. Tout l’argent que je récolte au delà du prix de la location est pour moi.

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hè ouai en Australie on va à la plage en 4×4

La saison touristique peine à véritablement commencer mais ce que je gagne est satisfaisant. C’est un tort de penser que c’est un boulot de cycliste, c’est avant tout un boulot de contact et de vente. Cable beach est une plage fréquentée par une population de touristes très majoritairement australienne et de milieux sociaux oscillant entre favorisé et franchement favorisé. Cette population en vacances cherche souvent au delà du service de transport que je propose une forme de divertissement. Je dois être quelqu’un d’avenant, mais jamais trop poussif, je dois être bavard, drôle, attentif au désir de mes clients, de bonne humeur. Je dois aussi inspirer la confiance et l’intérêt pour ma personne. A ce titre je joue à fond la carte de mon voyage, j’ai imprimé de petits encadrés résumant mon parcours que j’affiche en évidence sur le paravent du pedicab. Beaucoup de clients offrent un pourboire de cinq ou dix dollars, parfois doublent voir triplent le prix que je leur ai demandé s’ils se passionnent pour mon aventure. La chance de tomber sur un client généreux fait la différence, mais globalement il me semble que l’attitude et l’énergie positive que l’on emploie à la tache soient primordiales. Si un jour je suis ronchon, quelle qu’en soit la raison, c’est automatique, j’ai moins de clients.

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Certains chauffeurs abandonnent vite, déçus par leurs résultats et au bout de quelques semaines une équipe fixe se met en place. Nous somme trois français comme « chauffeurs principaux », la quatrième place subissant un turn over permanent. Il y a Camille, blonde, grande et jolie. Elle a un regard charmeur et se laisse regarder avec une fausse naïveté. Elle cueille des grands bouquets de fleurs blanches et roses dans les buissons du quartier pour décorer son pedicab comme un carrosse de mariage. J’étais affreusement vexé le premier soir où j’ai travaillé avec elle, tous les clients ou presque me passaient sous le nez, et pas seulement les hommes célibataires. Avec mes petites affichettes j’avais l’air d’un con. Le troisième luron c’est Luc, lui aussi disons- le, a un certain atout charme. Brun ténébreux, calme et excessivement sympathique il est le moins extraverti d’entre nous mais ne manquera pas de succès dans l’entreprise. S’il se fait draguer par les couguars, c’est uniquement professionnel, son amoureuse l’attend dans leur van à côté de la plage. En cours de saison Camille sera remplacée par Buster. Buster est australien, mesure presque deux mètres, porte des chemises extravagantes et a une ressemblance troublante avec Jean Réno. Il a le contact très facile avec les gens, il communique d’autant plus facilement avec les clients qu’il partage la même culture et la même langue. (il n’a pas toujours été évident pour nous autres français de comprendre le langage des Australiens complètement beurrés). C’est un concurrent redoutable et j’ai été dans un premier temps très agacé de son arrivée. Mais rapidement je me suis rendu compte qu’il est un chouette personnage avec qui je partage un fantastique sens de l’humour. Ça nous a valu quelques franches poilades.

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Le travail commence dans l’après-midi et se poursuit jusqu’à minuit les soir de week-end. Je travaille cinq soirs par semaine. Je trouve un second job, tous les matins sauf le dimanche ; je bosse dans une blanchisserie. Je lave les draps de presque tous les hôtels de la ville, ces même hôtels où j’ai mes clients le soir. J’ai donc des semaines de 11 jours. Un rythme soutenu mais le cumul de mes deux salaires est à la hauteur de l’effort. J’ai généralement le temps de faire une sieste salvatrice d’une heure ou deux entre mes deux boulot, sauf quand Smicko appelle… Il appelle pour deux motifs : soit pour me donner des clients, dont il a directement reçu l’appel, soit pour se plaindre de l’état des pédicabs.

  • « Allo ? » voix endormie, il est 14h.

  • Sans préliminaire « Tu a deux clients à l’hotel machin »

  • « Quand ? » voix toujours endormie

  • « Maintenant ! » Il s’agace déjà.

  • « On commence à 16h habituellement… »

  • « Quoi !? Tu n’est pas la-bas !?

  • « bah non…, heu …je peux y être dans vingt minutes. »

  • « Fuck you ! Fuck you ! fuck you ! fuck… » bipbip, fin de communication

  • Soupirs

. Les pedicabs sont de piètre qualité, en particularité les roues et leur rayons ont été la source de multiples emmerdements. Le phénomène est aggravé par le poids moyen des Australiens qui se trouve être significativement supérieur à ce qu’il semble être sanitairement acceptable. La première semaine Smicko m’avait appelé hors de lui car de nombreux rayons étaient cassés. J’avais fait profil bas, ne voulant pas être pris en grippe et j’ai proposé de changer moi même les rayons cassés, disposant des connaissances (oui, j’y connais un rayon en mécanique cycliste !) et outils pour le faire. Ces rayons étant de toute façon trop fragiles pour supporter les 200kg du pedicab ajouté aux 200kg de passager, il a fallu continuellement les remplacer. Ce n’est qu’en toute fin de saison, à la limite absolue de la rupture de stock que Smicko a acheté des rayons de meilleur facture. Les rayons n’étaient qu’un problème mécanique parmi d’autres, les câbles des batteries fondaient, les pneus éclataient, les freins se déconnectaient, les chaînes cassaient, les paravents se déboulonnaient… Avec Luc, notre rituel avant chaque soirée était au bas mots une demi heure de mécanique. Smicko aurait dû faire ce boulot, on le payait pour ça, exaspéré autant qu’il pouvait être exaspérant, il ne faisait que le strict minimum voir un peu moins.

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J’ai réalisé un jour que Smicko n’est pas un cycliste. Il aime les vélos en tant qu’objet, il aime les construire, les créer, les concevoir pour leur esthétique alors que j’aime les vélos pour leur usage.Smicko donne des usages à ces vélos par nécessité économique ou pour avoir un prétexte à sa folie. Il passera deux semaines à construire un « Mango-bike ». Un triporteur très stylisé, peint en nuances d’orange et doté d’un petit congélateur rempli de mangues. L’idée est de faire le tour des campings et de vendre ces mangues congelées. Ce qu’il fera, avec un certain succès, pendant deux jours seulement… Des idées comme celle-ci Smicko en a parfois cinq par jour. Certaines sont tout bonnement irréalisables, absurdes, utopiques et farfelues, d’autres mériteraient d’être approfondies mais sont perdues dans la dispersion de son esprit. Smicko du fait de son caractère souvent agressif ou colérique, de l’irrespect dont il peut faire preuve envers certaines personnes n’a pas que des amis dans la petite ville de Broome. Il est en effet parfois indéfendable dans ses comportements. Cependant il a de nombreuses facettes positives et des faiblesses qu’il peine à cacher derrière sa fierté. Son esprit d’artiste fou emplie d’idées et d’envies fonctionne comme celui d’un enfant et a besoin d’être canalisé. Ce n’est malheureusement pas Michelle sa compagne qui le fera. Michelle est une très belle femme, elle semble être l’opposé de Smicko, calme et douce, d’une grande gentillesse. Sa faiblesse : elle en a assez peu sous la perruque. Elle obéit docilement aux consignes de Smicko, le suit avec bienveillance dans son entreprise, se gardant bien de prendre quelques initiatives, même des plus évidentes.

Smicko est pourtant très facile à influencer. Je l’ai compris au début à mes dépens. L’informant pour l’anecdote que j’avais reçu l’appel de deux vieilles bourgeoises le matin à 9h pour un pedicab, il s’est immédiatement mis dans la tête que toute les matinées à venir seraient un eldorado pour pedicab et qu’il fallait sur le champs recruter des chauffeurs pour le matin. Si j’insinuais le germe d’une idée, il en faisait une conviction. Il était devenu facile d’être apprécié de Smicko, je lui portais principalement des bonnes nouvelles, mais pas trop bonnes non plus pour ne pas qu’il s’emballe. Le point de friction avec Smicko restait – mais c’est tout naturel- l’argent. Il avait augmenté plusieurs fois les tarifs de location. Les mauvaises soirées nous engrangions à peine 60 ou 80 dollars de recette dont il faillait déduire la part de Smicko, toujours fixe de 50 dollars. Nous nous en plaignions bruyamment mais il restait inflexible. Pour sa défense, j’avoue que nous ne lui révélions jamais les recette des meilleurs samedis soirs, avec un record personnel de 500$. Quand il nous questionnait sur ce sujet le flou devenait l’allié du flouze. Je le soupçonne de vivre des minimas sociaux, son entreprise n’est pas réellement rentable ou si peu. Souvent considéré comme un radin voir un escroc, il m’a semblé plusieurs fois qu’il aurait pu être généreux si seulement il avait pu. Trop fier, il n’avouera jamais non plus qu’il vit mal le manque de reconnaissance et le rejet donc il peut faire l’objet. J’ai fini par aimer Smicko le passionné des vélos, par apprécier Smicko le personnage, par me moquer gentiment de Smicko le businessman et par ignorer Smicko le névrosé. Il en a été satisfait.

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Broome accueille presque chaque semaine durant la haute saison des courses hippiques très populaires. Les plus accros s’y rendent dans le pur respect de la tradition, parés de leur plus beaux habits. Les dames rivalisant d’extravagances dans le port de robes aux couleurs vives et au coupes aguichantes toujours complétées d’un chapeau parfaitement assorti. Le motif principal des participants est bien plus l’amusement, notamment par excès de boisson, que le gain d’argent lors des paris. Une fois les courses terminées en début de soirée tout ce beau monde se rend au « Diver Pub » principal bar de « Cable beach ». Les locaux adorent ces courses et ont été de véritables fanatiques des pédicab. Une clientèle parfaite car fidélisable et qui nous demande souvent de plus grands trajets (plus rentables) vers tous les quartiers de ville. A la fermeture du pub tout les taxis classiques sont débordés et les fêtards se rabattent sur les pédicabs, quitte à payer deux fois plus cher. L’état d’ébriété aidant les clients à dépenser plus. Ces fins de soirée certes très profitables, nous ont confrontés à des gens vraiment trop saouls ou sous l’emprise d’autres drogues comme la méthamphétamine (très répandu en Australie). Rarement agressives, il nous fallait pourtant dissuader ces personnes de monter dans les pédicabs. Leur comportement ingérable devenait un risque pour l’intégrité du pedicab, son chauffeur et eux-mêmes. Parfois on fait une erreur de jugement et on embarque un type qu’il faut tant bien que mal contrôler. J’ai été surpris de l’autorité dont j’ai été capable.

Je suis resté trois mois à Broome, trois mois intenses durant lesquels j’ai fait d’agréables rencontres et vécu de belles expériences. Je serais certainement resté un peu plus encore si la fin de la belle saison ne me poussait pas a nouveau sur la route. Les pistes des Kimberley sont impraticables durant la saison des pluies.

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Souvent, quand on les voit dans la nature, c’est trop tard …

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