Des moines aux imams

Le monastère de Sumela, il était incroyable de le croire à quelques mètres de la route qui me mène en Australie. En effet la route se transforme en piste impraticable à partir de ce dernier mais je ne regrette pas les 40km de détour.

Littéralement suspendu au milieu de la falaise, les moines ont bien transmis le message au cyclo-voyageurs : Porte ta croix petit cycliste, sur la pente à 15 pour cent, dans la chaleur et l’humidité suffocante, tu trouveras humilité et foi. J’y ai trouvé Mattesz cyclo-ecrivain allemand, voilà des mois qu’il traverse la Turquie de part et d’autre.

Nous bivouaquons à quelques centaines de mètres sous le monastère, il partage son pain, je partage ma soupe et nous échangeons sur la liberté que nous impose la solitude, nouvellement retrouvée pour moi, et sur ces étranges têtes que sont les turcs.

Leur générosité est un grand plaisir à recevoir, tant de petits gestes spontanés, un verre de coca quand je suis en sueur à l’ombre d’une station service, des dizaines d’invitation à prendre  le thé, et le dimanche jour des pique-niques il y a une forte probabilité pour que je ne passe pas au supermaché. L’hospitalite est incrite dans leur être, plus qu’une valeur elle est même presque un devoir. L’histoire de la route de la soie explique que le voyageur a besoin d’un toit, d’un repas et d’une étable pour les animaux. La croyance dit que Dieu l’a amené à frapper à cette porte, la demande d’accueil est une forme de don, le meilleur sera mis à la disposition du voyageur.

Mais chaque jour porte son lot de conversations étranges et de questions déstabilisantes. Les question redondantes dans les premières d’entre elles, portent bien souvent sur l’argent : Combien vaut ton velo, ton appareil photo? Combien d’argent tu as? Le voyageur simple, rechigne à exhiber ses objets de valeurs et se retrouve face à une forme de culpabilisation, la différence de niveau de vie est parfois mal vecue,  l’argent est une valeur que je ne considère pas mais qui obsède une partie de ce monde.

La Turquie pays moderne et très politique, possède un etat fort qui peine souvent à faire preuve d’humilité face à ces « voisins de l’intérieur », kurdes et arméniens pour ne citer que ceux-là. La télé, principale source d’information est d’une objectivité toute subjective et les turcs ne prennent pas de pincettes pour sonder votre opinion. Aussi directement que possible j’ai eu droit entre autre à : As-tu voté Sarkozy? (il est détesté en abondance en Turquie) Que penses-tu du génocide arménien?

Bien sûr les questions culturelles et religieuses. La question « Es tu marié ? », n’est pas toujours anodine, une réponse négative vous fermera la porte de la maison familiale dans les lieux traditionels (Sans incidence sur l’accueil, on peut manger et dormir dans un autre bâtiment). Un homme marié ne regardera pas les femmes de la même facon. Pour le moment je n’ai eu qu’à refuser deux propositions de conversion à l’islam et une proposition de circoncision qui m’a fait bien rire!

Erzurm à 2000m d’altitude, poste frontière de tant de royaumes par le passé (Poste frontière encore de nos jours, le Kurdistan commence ici), a gardé de nombreuses mosquées, citadelles, bazars et caravansérail, héritage de la route de la soie.

Autour de ces monuments historiques la ville n’ a cessé de vivre, aujourd’hui on les trouve inclus dans un mélange inhabituel d’immeubles modernes, de constructions de briques rouge de mauvaise qualité, de bâtiments sans caractère mais l’ensemble est beau. J’aime l’ambiance de cette ville, les gens vous abordent simplement, sans chercher à vous déranger, parfois juste quelques mots et une poignée de mains. Je dois trouver un petit hôtel ou dormir et suis déterminé à payer le bon prix, le patron de l’hôtel me dit : « yirmi liras », je réponds : » on-bes! » Il répète : « yirmi! « et moi : » on-bes! » au bout de cinq tours de ce petit jeu il propose : « çay? Taman! ». On refuse pas une ınvıtatıon à prendre le thé ! Je finis par garer mon velo puis tends un bıllet au patron et declare : » yirmi! « Il me rend la monaıe : « On-bes! »

Je rentre également dans une région beaucoup plus religieuse, de bien nombreuses femmes portent le tchador noir et intégral, et la moitié des étudiants avec qui j’ai discuté déclarent faire des études dans le but de devenir imam.

Les quartiers commercants ressemblent à ceux d’Istambul mais sans la foule oppressante. Je rencontre Wycher hollandais à velo tout comme moi sur les routes d’Asie et au matin alors que nous allons partager un thé sur une terrasse, Alexis de la bande des trois roots est déjà attablé! Il fait du stop à travers la Turquie depuis quelques semaines. Une sacrée bonne suprise que de le retrouver.

Une dernière chose, j’ai 26 ans depuis quelque jours, voyez bien que le voyage fait grandir, j’avais que 25 en partant!

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A propos elievadrouille

Ami du velo et de la curiosité
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4 commentaires pour Des moines aux imams

  1. Karnauch dit :

    26 ans… ça commence à taxer… en plus, tu continues en solo, ben dis donc, t’es un gars ben courageux… moi Paris Limoges, j’aurais du mal, j’ai fait Paris-Carcassonne, ça m’a pris 3 jours, mais, je le précise, en mobylette… oui… question délicate, y’en a une effectivement qui mettrait super mal à l’aise… bonne route, Elie, Rémi

    • Karin Pennetier dit :

      Elie
      J’espère que tu as bien reçu le message que j’ai envoyé sur ton portable le jour de ton anniversaire. Si non, encore un BON ANNIVERSAIRE de nous 4 avec des jours de retard! J’ai l’impression que tu roules toujours bien… De nouveau seul? Passionnants tes articles, merci! Je t’embrasse, Karin

      • Walsh dit :

        Karin
        je crois que nous avons été ensemble à l’EAB à Paris. J’ai lu tous tes commentaires et « reading between the lines », j’ai compris que tu es la même Karin que j’ai connu. J’habite à 60km de Bordeaux maintenant. J’enseigne toujours, mais c’est vraiment par nécessité car les collégiens sont abominables et moi, je n’ai plus de patience. Contacte-moi, s’il te plaît. Je m’excuse auprès de ton frère pour avoir « hijacké » son blog.

  2. Bon anniversaire en retard, vieux hippie !

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