Midway?

Liberté retrouvée, je m’élance plein d’énergie dans un pays composé de 93% de montagnes. 400km jusqu’à Dushambe où je retrouve mon pote Julien. Les tadjiks peuple accueillant parmi tant d’autres, partagent leur repas prêtent un bout de jardin pour ma tente et enrichissent mon vocabulaire russe. Bref la routine. La route est d’une étonnante qualité, je m’en réjouis, il y deux cols à plus de 3000m.Seulement voila, c’est l’Asie centrale, une route reliant deux capitales peut se transformer en piste à tout instant. 25km de piste caillouteuse au sommet du premier col. La montée comme la descente s’effectuent dans la poussière soulevée par les camion (ils ne roulent pas a gauche mais il faut bien éviter les nid de poule) et à vitesse minimale.

Le second col m a permis de vivre les 5km les plus fous depuis que je sais faire du velo. Un tunnel. A l’entrée des ouvriers me font des grands signes :  » n’y va pas! » Tellement habitué à m’entendre dire que la route est difficile, je m’équipe de mon gilet fluo et de ma frontale avant de m’élancer.

Première chose il n y a pas de lumiere dans ce tunnel de 5km. A peine 200m et des flaques d’eau apparaisent, l’asphalte se rarefie les trous d’eau sont de plus en plus larges, impossible de voir leur profondeur. Les camions rugissent, s’enfonçant dans ces mares de boue et ré-accélérant de plus belle pour en sortir, par securité je préfère tenir ma droite, quitte à rouler tout droit dans l’eau, ou à passer sous les fuites du plafond. Une fois passé le seul et unique ventilateur du tunnel, il y a quelque lueurs fixes. Des ouvriers travaillent a l’ entretien du tunnel, au marteau piqueur en autre. A l’eau, à la boue, aux  fumées d’echappement, au bruit se rajoute la poussière désormais principal élément éclairé par ma lampe.

A mi-chemin une machine tente de colmater un énorme de trou au plafond, une petite rivière s’en echappe, l’eau occupe toute la largeur du tunnel, je laisse passer quelques voitures pour évaluer la profondeur, rien a faire tout en restant sur le vélo mes pieds passeront entierement dans l eau. Depuis 20 minutes que je suis dans ce tunnel j’ai de plus en plus l’impression de rentrer dans le monde surréaliste de Tolkien. Quelle créature gluante et agressive va sortir soudainement de cette eau froide? Finalement le bout du tunnel, je suis couvert de boue et je ris à la vue des voitures donc un pneu n’a pas survecu à l’epreuve, encore une fois le vélo est plus fort!

Videos prises avec Julien depuis le 4×4 italien qui nous a pris en stop.

Dushambe, aeroport à 3h  du matin Julien arrive et pour l ‘occasion je vais troquer mon velo trois semaines contre des chaussures de rando.

Le plan initial c ‘etait le Pamir mais le Pamir est fermé. Des combats on eu lieu entre rebelles independentistes et l’armée officielle, on parle de plusieurs centaines de mort. Les informations sur la situation sont très parcellaires, même sur place. Le gouvernement tadjik veille à ce que l’on en sache le moins possible, les rumeurs de trêve, de renfort de combattants afghans, de négociation entre les deux parties ou encore d’offensive de l’armée circulent allegrement et alimente tout les espoirs de reouverture prochaine du Pamir. Oui il y a des morts, des combats, des populations prises en étau dans le conflit et nous occidentaux simplistes on rale un peu parceque l’on veut faire de la rando ou du velo dans l’un des plus beau massif montagneux du monde, passage tant redouté des caravanes de la route de la soie. On rouspète par égoïsme et je ne peux m’exclure honnêtement de ce comportement.

Finalement se sera les monts Fan, un petit massif au nord ouest du pays, des sommets à « seulement » 4500m, une charmante population de bergers, des lacs sublimes, des glaciers accrochés aux falaises et deux copains qui marchent.

Le moyen de transport incontournable et le seul à etre efficace dans la montagne c’est l’âne. Les petits équidés portent enfants, viellards, bois de chauffage, riz, pastèques et autre denrées, jusqu’a 100kilo de charge nous dit on.

Deux semaines durant nous marchons sur des sentiers sans la moindre indication, souvent le sentier disparait, il ne reste  que la boussole et la carte pleine d’erreurs. Les paysages magnifiques et l’amitié portent les sacs chargés de plusieurs jours d’autonomie. Souvent en haut d’un col un berger sympa échange quelques mots, nous indique le micro village d’été ou vivent sa femme et ses enfants. Les femmes nous offrent lait, fromage et pain spontanément, la barrière de la langue s’affaisse autant que possible face à leur gentillesse et notre plaisir d’apprendre sur leur mode de vie.

A mi-parcours et apres une demi journée de négociation nous embauchons Djernobil et son âne Becra pour trois jours, l’animal soulage efficacement nos épaules. Djernobil est étudiant a Dushambe, son anglais très personnel, toujours mixé avec des mots tadjik lui permet de vendre les services de son âne aux touristes tout l’été et nous permet de bien rigoler en sa compagnie. On clôture notre escapade par l’ascension d’un petit glacier, un col à 4100m, des belles images et des belles rencontres plein la tête.

La quasi totalité de ces photo sont de Julien, il a du en prendre plusieurs centaines j’ai fait une petite selection, sur réclamation je dois pouvoir en charger plus.
  

  

  

  

  

  

  

  

Retour des montagnes, Dushambe est une petite capitale, le style soviétique y a été conservé avec ferveur, une grande avenue traverse la ville, bordée de bâtiments a l’architecture majestueuse et froide. Monuments, statuts et fontaines sont bien entrenus mais on devine facilement la faiblesse des crédits ou leurs évaporation dans les poches des hauts fonctionnaires. L’ambiance est inexistante dans la ville, elle semble n’être peuplée que de policiers et fonctionnaires à l’exception des bazars. C’est pourtant là que je reste une semaine. L’auberge est peuplée de cyclo voyageurs, une bulle d’occident qui me repose. Je n’ai plus besoin de faire des efforts extraordinaires de communication, je peux échanger avec mes semblables, nous partageons toutes sorte d’informations sur les pays traversés, les bon plans et les anecdotes de voyage.

L’Asie centrale pourrait s’appeler l’Eurasie centrale (pas seulement à cause de l’influence russe, pays résolument tourné vers l’Europe à l’instar de la Turquie), je suis à mi-chemin, c’est aussi le cas de beaucoup de japonais et quelques australiens qui roulent de chez eux à chez nous. Rencontres eurasiatiques inévitables.

Si Aya a un si grand sourire, ce n’est pas seulement pour mes beaux yeux, c’est aussi parce qu’elle me bat aux échecs alors que je viens juste de lui apprendre les règles…

Photo rarissime de mon vélo et moi-même, j’ai du quitter le Tadjikistan pour le Kirgizistan, mon visa arrivant à expiration.

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A propos elievadrouille

Ami du velo et de la curiosité
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5 commentaires pour Midway?

  1. pierre dit :

    go on Elie !!!! et fais partager, c’est un plaisir à chaque fois !!!

  2. Salut Elie,

    Content d’avoir de tes nouvelles par blog interposé, j’ai pas encore tout lu, mais je vois que ça se passe plutôt pas trop mal avec tous ces gens rencontrés. Tiens donc, la planète est peuplée d’une majorité de gens sympathiques et accueillants? on nous aurait donc menti? et l’axe du mal alors? Spéciale cacedédi à tous les systèmes policiers, religieux et bureaucratiques sans qui on serait presque partis pour croire que la vie est juste une tranche de fun. Moi je suis en Indonésie depuis trois semaines, après trois mois de Laos et un mois de Birmanie. Mon mode de vie est plutôt sédentaire, mais comme toi, si j’ai bien compris, je me souviens plus vraiment de ce que je pourrais bien revenir faire en France.
    Mon expérience de la route s’est limitée ces derniers temps à une virée en scooter vers le nord de l’île de java pour aller visiter une île de carte postale au large. après 130 km, et 7heures de trajets avec des 4×4 qui hésitent pas à doubler alors que t’arrives en sens inverse, je mesure ta grande témérité, pour ne pas dire ton héroïque foi pour le goudron.
    En tout cas bon courage et amuses toi bien sur la route et dans les chaumières.

    Victor
    je crois que je t’avais pas vraiment reprécisé l’adresse de mon blog, (avec des photos qui datent un peu), c’est

    http://yesisthetruepower.tumblr.com/

  3. isabelle Kamaroudis dit :

    Curieuse de savoir comment tu as fait avec la remorque dans ton tunnel de l’hadès (= ‘où on ne voit pas’).
    On est avec toi ! kalo dromo !
    Isabelle, de Chartres

  4. Sylvain Danio dit :

    93% de montagnes… je n’aime pas tellement les chiffres et pourtant là , ce pays me parait juste génial! Enfin , j’irai bien noyer mon actuelle solitude sans fin dans le lointain de ces contrées accidentées. Nos vies changent ici aussi. Pas toujours comme on le souhaiterait. Au plan sentimental… comme au plan socio-économique. Et quand/si tu reviendra, tout ne sera évidemment pas exactement pareil qu’avant ton départ. j’imagine cela peut être éventuellement motivant ! Vivre tout au présent semble être ton quotidien ainsi que celui des voyageurs que tu côtoient, et cela communique un bel élan vital en se transportant dans tes lignes. On en a parfois plus besoin. Tout çà pour te dire que je te suis… à défaut de te suivre (et comme bien d’autres semble t il!).
    PS: j’aime beaucoup (entre autres de l’album de ton pote Julien) la photo dans l’ascension du col poussièreux, en équilibre, bras tendu, sur le fond d’un bien raide glacier.
    PPS : tu portes toujours cette chemsie bleu à carreau ou bien tu en as en plusieurs exemplaires ? ! ;+)
    Adios camara, garde ton cap et bon vent, Sylvain

    • Julien dit :

      Ah ah! c’est toujours la même chemise, il n’arrive plus a la quitter… elle colle trop!
      Quel petit bonheur de t’avoir rejoins mon petit élichouchinou et d’avoir partager c’est trois semaine ensemble a manger les montagnes et les ours sauvage grillé au feu de bois (euh non, ça c’est eux qui nous auraient mangé!). Comme un p’tit couple on est resté tous ce temps ensemble a profiter du moment présent et à se prendre le choux (rarement) pour des petits truc de merde sans intérêt… normal! En se mettant quelques centaines de mètres d’avance dans les côtes pour toi et dans les descentes pour moi… la dessus rien a changé!
      Un très beau voyage pour moi, une superbe coupure et un retour très difficile sur Paris et Rambouillet. Tant au niveau des paysages que de l’atmosphère sociale. A rappeler que las bas, même en plein coeur de la capitale il n’y avait rien a faire du tout. Un très grand marché et une fontaine autour de laquelle ils servaient a manger, c’est ce qu’il me reste des activités de la capitale…

      PS: Fait pas le malin avec Aya!!
      Bises et au prochain mois d’aout…?!

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