Wagon lit pour la Chine

Je roule deux jours en compagnie de Franck un hollandais très sympa, lui fait le tour du lac Yssyk koul, l’un des plus grands lacs alpins du monde, très particulier, légèrement salé il ne gèle jamais et a un effet tempèrant sur le climat de Bishkek. Encore une route à prendre pour un prochain voyage. Ma route pour le moment me porte vers un nouveau col à 3000m dans la montée je vois les couleur de l’automne prendre place alors que la douceur de l’été subsistait a Bishkek.

Sur le col c’est l’hiver, la pluie a battu la toile de tente toute la nuit, le matin le brouillard bouche la vue, la pluie est de plus en plus épaisse et lente… et blanche. Autrement dit, il neige! J’attaque le col, je sais que je suis proche du sommet, je perds l’asphalte, la neige tient bien et se transforme en boue sous le passage des camions. Dans ces moments là le sommet n’est jamais assez proche. Je dois finir par pousser le velo faute d’adherence, j’effectue une pointe de vitesse inesperée a 3,5km/h.

La descente s’effectue à moins de 10km/h je dois m’arrêter deux fois pour resserrer les freins en moins de 10km, les patins se font laminer par la neige et la boue. Je traverse la petite ville de Naryn, j’ai à me débattre avec les deux alcoolos venu au ravitaillement de vodka dans ce petit magasin. Ils ne sont pas méchants, mais très chiants. L’alcoolisme est une triste réalité dans les campagnes, chaque petite ville et village a dans ses supérettes des étagères entières de vodka à des prix dérisoires. Tous ne boivent pas bien sur mais chaque lieu a ses cas desépérants de 7h le matin à la nuit ces ombres humaines boivent, titubent, désarticulent des onomatopées, me saisissent le bras pour quelques com (la monnaie kirgiz) et reussisent à me faire fuir les lieux aussi vite que possible.

La route que j’ai prevu de prendre est une piste mauvaise sur 250km, je le savais mais je ne pensais pas etre si lent. 10km/h de moyenne, deux cols et trois voitures croisées en une journée parfois. Rien que la piste et quelques éleveurs isolés. Je veux etre à la frontiere chinoise le 8 octobre, j’avance autant que possible chaque jour, il n’y a plus que moi et la montagne. Elle est amie et ennemie. J’ai l’eau des torrents, la beauté des paysages, la pureté de l’air, l’espace de toutes mes libertés et j’ai la rudesse des côtes, le vent froid, les nuages qui jouent à me faire peur, l’isolement. Ce n’est pas le moment de casser une pièce du vélo ou de retomber malade.

Je passe la petite ville de Kazarman, la vallée est très encaissée à cet endroit et se repeuple légèrement. Je suis accueilli par Sanjar et Lorna, un couple adorable 22ans tous les deux et mariés depuis trois mois seulement. Ils débutent leur vie commune sur un petit terrain, un vieux wagon, arrivé là on ne sait trop comment, fait office de maison.

L’un des accueils que j’ai le plus apprécié, nous sommes si proches et si différents, blagues potaches en mimes, leur vie de paysans montagnards sera bien différente de la mienne. Durant la nuit dans le petit wagon leur manque de discrétion me confirme qu’ils s’aiment! Belle vie à vous!

Retour par Osh et le village de Sary tash, je dors dans le petit hôtel du village multi frontalier il fait désormais -10degres la nuit sur le plateau derrière le col a 3600m. L’hotel n’est pas chauffé mais nous ne sommes que trois, on peut donc piquer les couvertures dans toutes les chambres

Le lendemain il y a un embouteillage, voir photo si dessous.

Derrière moi JB qui roule avec Arnaud, deux strasbourgois, c’est Keith qui prend la photo depuis son tandem avec Tamar, un couple anglo-irlandais. Il y a aussi Laura et Ash australiens en tandem, Michael, un parigot, deux hollandais et pour couronner le tout Aitor et Laura ce très sympatique couple espagnol rencontré à Sarayevo!

10 velos et 22 roues bivouaquent à 2km du poste frontière et préparent l’invasion de la Chine. Le soleil du matin dégèle péniblement les bidon d’eau. La fouille en règle des appareils photos, ordinateur et autres livres se fait dans la bonne humeur par les douaniers chinois. Chacun doit ensuite trouver un camionneur sympa pour traverser une zone de plus de 100km interdite aux cyclistes, une fois notre chauffeur trouver, il doit venir avec nous auprès des douaniers, où il prend la raisonnable responsabilité de ne pas nous lacher dans cette zone tampon.

Je suis a kashgar, capitale ouighour, ces gens parlent un énieme dialecte turc, qui s’écrit avec l’alphabet arabe. Mais pas de doute c’est aussi la Chine, il y a de nombreux Hans, je tente de me créer des bases de conversation chinoise avant de traverser les 2000km de désert devant moi.

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A propos elievadrouille

Ami du velo et de la curiosité
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9 commentaires pour Wagon lit pour la Chine

  1. Aline dit :

    Je ne peux m’empêcher de penser à ces contes initiatiques où le jeune héros est envoyé de par le monde, il subit des épreuves, les surmonte… (c’est vrai qu’en général il finit par rencontrer une princesse avec laquelle il aura beaucoup d’enfants… mais ça c’est à la toute fin du voyage… en France, il me semble…). Oui, c’est pas rien ce voyage… Que de sensations fortes nous partageons avec toi. Merci pour les magnifiques photos. Bonne route mon Elie !
    maman

  2. Jacques dit :

    C’est aussi la durée du voyage qui crée la densité de ton récit, qui suscite chez le lecteur que je suis, émotion, admiration et un vif intérêt.
    J’ai envie de te dire : continue, pour nous tes lecteurs, c’est passionnant.
    Je t’embrasse très fort
    amicalement
    Jacques

  3. Karnauch dit :

    je fais chorus à ces commentaires z’avisés… pour moi c’est de la science fiction, ce voyage, une force invraisemblable dans la tête… je ne tiendrais pas deux heures non sur le vélo, ça, ça devrait être possible après entraînement (deux heures par jour sur un vélo d’appartement à me muscler les mollets), mais seul et disponible et tous ces trucs-là… chapeau… R.

  4. sylvain dit :

    alors pour t’aider voici le mot le plus important en chine : « Campei! »
    C’est pour trinquer en chinois, rien qu’avec ce mot tu peux te faire plein d’amis.
    Par contre a utiliser avec moderation parce que pour eux « campei », c’est cul sec!

  5. Karin Pennetier dit :

    Toujours aussi passionnant, merci pour tes récits!
    Je t’embrasse, Karin

  6. Catherine dit :

    eh bien moi, chuis trés inquiète pour la Chine, comment va-t-elle résister à l’envahisseur? C’est qu’elle n’a pas le moindre village de Gaulois…Pardon, mais pendant que tu vis ce que tu vis , et sans effets spéciaux, sans potion magique , sort à grand bruit sur nos écrans le « nec plus ultra  » du cinéma franchouillard , le nouvel Astérix, oui! Heureusement, il t a des énergumènes comme toi pour sauver l’honneur ! et bonne routeà toi, bisous,
    Tartine.

  7. tomalexénico dit :

    yop elie!
    belle route à toi!! (petit indécent!!:)
    bisous de grenoble où la routine s’installe pour les trois vagabonds à roulettes rencontrés à split puis retrouvés à istanbul et enfin par le plus grand des hasards, à erzurum à la terrasse d’un café. kiff ton monde

  8. Christophe dit :

    Toujours aussi agréable à te lire. J’espère que ton pc va mieux et le vélo aussi bien entendu 😉

  9. Pierre dit :

    bon allez c’est trop long, on veut des nouvelles !!!!
    on espère que tout se passe bien pour toi !

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