La grande âme

La grande âme de l’Inde a vécu dans la province du Gujarat, état très peu touristique et pourtant relativement riche. En Hindi on dit le Mahatma, un homme issu de la caste la plus haute, les brahmanes ; castes dont il combattait l’existence. Un homme qui a fait de sa vie, de son corps mince et presque nu le symbole d’une Inde libre de toutes oppressions et injustices. Un combat amorcé avec succès mais peut être Gandhi était il trop en avance sur son temps, son utopie trop utopique, ses principes peinent à lui survivre aujourd’hui.

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Je passe avant par Udaipur autre trésor du Rajasthan, là encore des palais sublimes, des ruelles emplis d’échoppes touristiques, un vieux quartier que l’on aime arpenter pour ces femmes en saris colorés portant d’une main des légumes, du bois, du riz, des bouses de vaches séchés, l’autre main remettant perpétuellement leur grande étoffe en place. Il y a aussi ces enfants qui jouent au criquet avec des vieilles balle de tennis, au cerf volant sur toutes les terrasse ou qui sautillent devant vous avec les éternels “which country?, Wath is your name? Photo, photo!”. On remarque les vieillards silencieusement assis depuis le matin sur une vieille toile ou figurent de dérisoires objets en vente, quelques cigarettes et allumettes, tabac a chiquer, piles, chewing-gum et chips. Il y a les cordonniers, les tailleurs, les vendeurs de thé et les marchands de fruits qui poussent une grande planche de bois montée sur quatre roues de vélo. Bien sur toujours la faune urbaine vaches, chiens, singes, cochons, chats, perroquets…

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Revenons a ma grande âme, ça commence à Ahmedabad 300km au sud d’Udaipur. C’est d’ici que Gandhi engagea en 1930 le premier et le plus important acte de résitance face au colon anglais. Gandhi n’est pas né indigné, son histoire quelque peu mythifiée nous apprend que c’est en Afrique du sud après ses études en Angleterre que le jeune avocat expulsé de la première classe d’un train malgré son billet en règle se rebiffa a l’instar de Rosa Parks. Quelques années plus tard il rentre en Inde et depuis son Ashram entame “la marche du sel”. Les britanniques imposaient alors un impôt très fort sur le sel et interdisaient aux indiens de le récolter eux même. Gandhi et ses compagnons marchent 300km jusqu’au village côtier de Dandi ou ils prélèvent symboliquement une poignée de sel dans la mer. Ils seront arrêtés, emprisonnés, mais des millions suivent cet exemple, le mouvement de résistance est lancé.DSCF4491

Mon idée était de marcher dans les pas du Mahatma, à Ahmedabad j’achète une carte du Gujarat sur laquelle je trace le parcours de la marche facilement trouvée dans le musée du Gandhi’s Ashram. Je décide de partir de Vadodara, en 80ans les cent premiers km se sont considérablement urbanisés… Pas un touriste à l’horizon dans cette ville, je n’en verrai d’ailleurs aucun dans cette partie de l’Inde, mais les hôtels sont presque tous complets pour cause de “saisons des mariages”. J’arpente la ville plus de trois heures avant de trouver une chambre où dormir et constate deux choses, la population parle beaucoup moins bien l’anglais que dans le Rajasthan et je suis déjà fatigué après 3 heures de marche sous le soleil. Le lendemain je traverse une bonne partie de la matinée la zone périurbaine, des immeubles modernes poussent aux milieu des champs sableux sans véritable connections à la route pour le moment, ils sont entourés part des cabanes de toile et de branchage, des petits bidonvilles en fait. Le long de la route des grandes usines essentiellement pharmaceutique et électroniques, toutes ont une grande et belle clôture sécurisée et un parc impeccablement entretenu. J’arrive dans le village de Pavi en début d’après midi. Quelques milliers d’habitants autours d’un lac sale et presque sec et un petit hôtel absolument correct. Il me faut encore 3h pour traverser la rue principale, tous m’interpellent pour avoir une petite conversation, m’offrir un verre de thé, me prendre en photo, être pris en photo. On m’apprend par l’intermédiaire de la meilleur anglophone du village, une fillette de 10 ans dont les parents vivent en Australie, que dans quelques jours a lieu la fête des cerfs volants. Ça explique tous ces stands ou l’on peut en acheter par dizaines et ces km de ficelle qui se font teindre en rose, vert ou jaune dans les rues.

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Je reprends la marche au matin mais si je suis assez prétentieux pour me qualifier de bon cycliste, je dois être assez modeste pour me reconnaître mauvais marcheur cette fois ci. J’ai 15 kilos sur les épaules et il fait chaud dans cette pleine côtière. Une bonne partie de mon équipement est parfaitement inutile dans les conditions où je me trouve mais je ne peux pas me séparer de mes pulls, kway, filtres à eau dont je n’aurais que trop besoin dans le future. Gandhi avait un poids d’une tout autre nature sur les épaules. Je change de mode de transport et voyage par petits bonds de 10 ou 20 km dans des rickshaws collectifs qui font la navette de village en village. J’ai compté 18 personnes dans un véhicule sûrement conçu pour un maximum de 7. Ces rickshaw fonctionnent un peu comme des bus, l’itinéraire est prédéfini et chaque “ligne” de rickshaw possède ses interconnections avec les autres et avec les bus gouvernementaux qui se charge des plus grandes distances. On monte et descente là où bon nous semble, si bien que le rickshaw peut se trouver presque vide (soit dix personnes dans un véhicule prévu pour sept). Pas de panique, le chauffeur nous confie à un de ces collègues avec un plus petit rickshaw et repart dans l’autre sens à la recherche de nouveaux passagers. C’est l’un des meilleurs systèmes de transport en commun que j’ai pu observer, la fréquence est maximum on attend rarement plus de 10 minutes, économique car l’empilement des gens réduit le coût par passager, de plus chaque petit village est desservi car très peu de paysans on leur propre véhicule. Je veux voir la mer, rien de plus simple, je demande au bus de me déposer au bon embranchement sur la route principale, de la je dois prendre un premier rickshaw qui fait la navette avec le premier village 1km plus loin, petit modèle donc 5 places maximum, on attend pas longtemps. Je traverse à pied le bourg ou l’on trouve de plus gros modèles, les chauffeurs répètent inlassablement le nom de la destination principale où ils vont jusqu’à ce qu’ils soient plein a craquer. je connais pas bien les “lignes” de rickshaw alors je répète inlassablement le nom de mon village qui -me dit on- possède une belle plage jusqu’à qu’un chauffeur me fasse signe de monter. Stupéfiant d’efficacité comme système, et créateur d’emploi! C’est presque exportable, à condition de lâcher la voiture individuelle bien sur.

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Il y a une importante minorité musulmane dans la région, toujours entre 20 et 60% de la population dans chaque village. L’entente est très cordiale avec les hindous et avec l’autre minorité de la région les jaïns. Le Jaïnisme, représenté par quelques millions de personnes est très implanté au Gujarat, c’est une religion issue d’un schisme avec hindouisme. Les jaims respectent la vie plus que quiconque, leur désaccord avec les hindous viendrait d’un refus des sacrifices d’animaux. Un de leur lieux de pèlerinage se trouve justement dans le petit village cotier de Pavi. On m’explique que le repas qui vient de m’être offert en plus d’être rigoureusement végétarien ne comporte pas de pomme de terre, ni d’oignon, ni de carotte. Le risque de tuer un insecte ou de mutiler un ver de terre en déterrant ces légumes ne saurait être pris. Pour plus de sûreté, ils ne mangent pas la nuit, on ne voit pas les insectes qu’ils pourraient malencontreusement avaler, les temples sont perpétuellement balayés, pas question de marcher sur une bébête à 6 ou 8 pattes, et même dans la rue les prêtres balaierons devant leur passage et porterons devant le visage une moustiquaire. Il s’agit d’une communauté plutôt riche leur principes leur imposent une grande honnêteté, on leur fait donc confiance niveau business. Je ne peux pas dormir dans le monastère car il n’y a que des chambres au format familial, pas de problème je suis en manque d’une bonne nuit a la belle étoile sur la plage voisine a l’abri de l’agitation.

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Je profite du doux ronronnement des vagues car le lendemain je suis dans la ville de Baruch et la fête que l’on m’annonce depuis plusieurs jour a démarré. Tout ce qui est en age de tenir un cerf volant (mais surtout les enfants) est juché sur les terrasses, toits, balcons, sur le bord de mer et tire sur la ficelle rose par à coups savants. Ce sont des petits cerfs volants carrés qui ne tiennent pas par eux même dans les airs, il faut sans relâche tirer sur la ficelle de façon à ce que la toile prenne appui sur l’air et que le nez de l’objet pointe vers le haut, par ces petits soubresauts, les cerf volants montent et tombent dans une drôle de danse. Des centaines, ou probablement des milliers de petits points colorés survolent la ville, retombent dans les câbles électriques, sur les terrasses voisines dans la rue avec les bouts de ficelles emmêlées que l’on pourra voir des semaines durant après la fête.

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Je ne fais pas 20m dans la vieille ville sans me retrouver catapulté sur une de ses terrasses entourée d’une bande de cinglés sympas surexcités qui dansent avec une telle énergie que je me demande comment leurs bras et têtes restent emboîtés sur le reste du corps. Les plus accros ont les mains roses de la peinture et même rouge de sang à force de tirer sur les ficelles et ne s’arrêteront que la nuit tombée où les feu d’artifice prennent le relais dans l’habillage du ciel.

Je quitte le Gujarat sans être allé jusqu’à Dandi mais en ayant vu une Inde vraie, dénuée d’artifices, de petits arnaqueurs et faux spectacles. Une Inde certes bruyante, parfois étouffante, surpeuplée mais pas surfaite. Une Inde forte de chaleur humaine (les conversations se terminaient si souvent par une phrase du type “Au moindre problème tu viens me voir” accompagnées d’une chaleureuse poigne de main), une Inde ni riche ni pauvre, un bout de notre monde qui brille a mes yeux par son exotique normalité.

Les bus et trains me remettent progressivement dans le circuit normalisé, voici une mosquée du 18iem siècle a Bopal, par ici vers Sanchi un ex haut lieux du bouddhisme et osons un peu plus loin le palais grandiose transformé en temple en face du “nouveau” palais maharajanesque à Orcha.

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Khajuraho, village archi touristique a étonnamment retenu un peu plus d’attention de ma part. Un groupe de temple hindous et pluricentenaires sur lequel les spécialistes collent l’étiquette “tantrisme”. Mais qu’es que c’est? On écarte les enfants de l’écran avant de s’inviter dans ce nouvel univers religieux SVP.

  

  

  

            

Apres vérification se n’était pas des obsédés du petit bout mais bien des religieux très sérieux qui utilisaient la jouissance du corps comme vecteur vers une jouissance morale et spirituelle…(si, si!) On apprecie tout de même l’humour de certaines scènes représentées, regardez bien le personnage qui se cache le visage alors que ses deux compagnons sont affairés avec une jument, il feint de ne pas vouloir voir et garde un œil ouvert!
PS : Aujourd’hui même jour pour jour cela fait un an que j’ai quitté ma vie de sédentaire. Un voyageur croisé sur la route quelques mois après le départ m’avait dit “Quand tu passes les quatre saisons, tu ne sais plus t’arrêter, tu deviens un institutionnel du voyage”. Je ne sais pas si c’est vrai mais je suis sûr d’avoir changé, d’avoir appris plus que je ne peux le mesurer aujourd’hui. Dans tout les cas, un grand merci a tous ceux qui me suivent et me lisent avec intérêt.

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A propos elievadrouille

Ami du velo et de la curiosité
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Un commentaire pour La grande âme

  1. Claude Pennetier dit :

    Bravo pour ce passionnant récit. Claude

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