…c’est une péninsule!

Je m’extirpe de Bangkok, tournant, retournant le plan de la ville à chaque intersection. Je traverse les canaux, longe le fleuve, débouche sur une autoroute urbaine, réalise de périlleuses manœuvres pour la suivre dans le sens souhaité, passe sous une rocade, fait demi tour au beau milieu d’un échangeur qui n’emmenait Dieu sait ou pour finalement atteindre une semi délivrance : la route nationale qui s’échappe de la ville vers le sud-ouest. La route ne sera pas plus hospitalière sur les 50 prochains km. Une banlieue espacivore et industrielle qui s’effrite petit à petit. La pluie arrive en fin d’après midi, un énorme temple flambant neuf devant une zone pavillonnaire à ma gauche. Pas de moines dans ce complexe religieux, un tas de bâtiments tous fermés, salle de réception, sanitaires, monastères… Les habitants du quartier sont unanimes sur le fait de me faire dormir sous un préau en face du temple. Je peux dérouler les tapis de prières pour me faire un matelas, on me propose à manger, m’indique le point d’eau. Je serai donc surveillé toute la nuit par un Bouddha assis et doré, entouré de ses disciples. Et plus on s’écarte du centre de l’autel plus les sculptures deviennent kitch et ridicules avec un paroxysme ultime en fin de chaîne que sont de petites truies modelées façon nain de jardin hilares et en bikini. Je fais une offrande à Bouddha mais pas aux petites cochonnes.

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Le lendemain, je découvre la route côtière par hasard, elle ne figure pas sur ma carte. Les panneaux indiquent les plages, je jubile. Je dois traverser des dizaines de km de marais salants, la route serpente, passe à quelque centaine de mètres du rivage et s’en écarte à nouveau. Frustration, je vois toujours pas la mer! Enfin je n’ais pas trop à me plaindre, je fini par rejoindre une petite station balnéaire endormie, deux abominables immeubles d’hôtel, un resto ouvert et les traditionnels bungalow. Les bungalow les moins cher qui méritent plus le non de cabanon sont abordables. A la tombé de la nuit je trempe, apeuré, le bout des orteils dans l’eau, j’ai toujours détesté l’eau froide. Mais là quelle joie, l’eau est plus chaude que l’air à cette heure! Les jours suivants mes fins de journées seront immanquablement célébrées par ces bains de mer joyeux.

Hua Hin, première ville où je m’arrête depuis Bangkok, si on en croit les guides touristiques, la plage y est magnifique, la vie animée, bref un lieu idéal. La moitié du staff de mon auberge sont des Ladyboy, c’est a dire des hommes devenu femme à force d’opération chirurgicales. C’est un phénomène relativement courant en Thaïlande que de changer de sexe (dans les deux sens), le pays dispose des meilleurs chirurgiens au monde en la matière. Je n’ai pas véritablement d’explication à cette tendance, si se n’est que ces gars se sentent femme dans un corps d’homme. La transformation en ladyboy est parfois si bluffante que même les thailandais se font berner. Mais souvent on attrape rapidement le détail qui évacue le doute, la pomme d’Adam (il y a une opération chirurgicale pour ca aussi, mais les finances doivent pouvoir suivre) la morphologie des épaules ou des membres, une attitude trop féminine pour être vrai, la voix… Certain(e)s se prostitue et se sont ceux (celles) que l’on remarque le plus facilement, mais beaucoup vivent une vie classique et travail dans les resto, bureaux ou même m’a t’on dit dans la police. Hua hin est envahie d’hommes – d’un certain age dirait-on – suédois pour une grande majorité mais les Allemands, Norvégiens ou Danois ne sont pas en reste. La population de vieux suédois est telle que la Suède (pour l’anecdote, pays qui fait du recours aux services d’une prostitué un délit) a ouvert récemment un consulat dans la ville. En début de soirée dans le quartier des bars, les invitations des professionnelles pleuvent sur moi. Je parviens à m’asseoir discrètement au comptoir d’un petit bar, je sirote ma bière entre deux Suédois qui papotent tout en pelotant deux belles thaïlandaises débordantes de tendresse à leurs égard. Les deux hommes ne semblent pas très à l’aise face à ma présence, la conversation entre eux et moi ne prend pas.

J’ai eu parfois le sentiment en observant ces couples mal assortis que le plus à plaindre des deux est l’homme qui a perdu toute capacité de séduction, qui se méprend à vouloir combler sa frustration par cette douceur marchandée et illusoire. Dominé par sa faiblesse, il laisse son porte-monnaie se faire vampiriser par la belle qui jouit de son impuissance. Je ne cherche pas a émettre un jugement de valeur sur ce type de prostitution. La thailande au fil des années n’a pas perdu son image de pays bordel, officiellement la prostitution est interdite , le gouvernement a pris des mesures drastique pour éradiquer la prostitution des enfants et bien qu’elles aient été efficaces j’ai pu lire a chaque fois que j’ai ouvert un journal anglophone local un article relatant l’arrestation de parents qui prostituent leur enfants.

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Je poursuis ma route sur le littoral. Mes étapes me sont dictées par l’espacement des plages accueillantes et quasi désertes en cette période de l’année. Je passe la petite ville de Prehachuap khiri khan et son agréable marché de nuit, enfin une ville côtière qui n’est pas envahie de touristes au zizi flétris. Peu avant Chumphon plus au sud, je me permets poliment, mais fermement, d’expliquer à la méduse de 30cm de diamètre qui vient de me couper la route, que la mer est bien assez grande pour tout le monde et qu’elle pourrait au moins ouvrir les yeux quand elle nage. Face a son exaspérante absence de réponse, j’ajoute que le fait qu’elle n’ait pas a proprement parler d’œil ne l’autorise pas à me contempler de cet air si…. mais d’user la parole, elle n’en fit rien.

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A partir de Chumphon je traverse le pays d’est en ouest en une 60taine de km. Une agréable route qui serpente entre les collines. Agréable eût été le bon mot, si le climat n’était pas autant spectaculaire dans la région. La ville de Ranong, frontalière de la Birmanie est la plus arrosée du pays, il pleut sur les 8 mois que dure la mousson dans cette zone presque 5 000mm d’eau (700mm par ans en moyenne en France à titre de comparaison). Rappelez vous le plus gros orage que vous ayez vu, maintenant sélectionnez le moment le plus intense de cet orage. Bien c’est la même chose sans le tonnerre et les éclairs et ça ne s’arrête pas parfois pendant 8 heures. Je roule en maillot de bain, garde une chemise pour respecter la pudeur asiatique et offre les services de mon kaway à ma remorque qui bien qu’étanche subi quelques infiltrations face aux assauts répétés du déluge.

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A Rannong je dois me plier à l’exercice administratif du « visa run ». Je n’ai qu’un visa de 15 jours obtenu à la frontiere et pour rester en Thaïlande je dois d’abord en sortir. La Birmanie (mais qui officiellement a changé de nom pour devenir le Myanmar) a récemment fait volte face et s’ouvre lentement mais surement au monde. Je traverse la rivière qui sépare les deux pays sur une barque surcharge de petits commerçants et leurs marchandise, paye une taxe de 10 dollars dans le cabanon qui fait office de poste de douane. Le fonctionnaire applique de sa main gauche le tampon d’entrée sur mon passeport alors que sa main droite – et cela sans m’avoir pose une seule question – appose le tampon de sortie. J’ai tout de même la possibilité de visité les environs immédiats, après m’être débarrassé, non sans mal, du régiment de petits arnaqueurs prêts à me faire visiter les lieux en échange d’une liasse de billets, je grimpe sur le temple qui domine la ville. Le temple est entouré d’une esplanade en carrelage blanc rendu incroyablement glissant par la pluie. Chaque pas est un risque inconsidéré pour mon coxccyx, je patine, me dandine, tends les bras comme un funambule jusqu’à rejoindre dans cette pantomime comique le temple lui même sur lequel je peux m’agripper. Je n’ai pas fini le tour du bâtiment qu’une jeune ado surgit comme un singe depuis une autre entrée, sautant la dernière marche elle glisse avec souplesse et élégance sur l’esplanade effectue une petite pirouette pour me saluer avec un beau sourire de fofolle heureuse tout en continuant sa course. Elle réapparait quelque minutes plus tard alors que je me remets de mon tour de patinoire sur les marches. Elle s’assoie une vingtaine de seconde pour me montrer quelques images bouddhistes qu’elle vient juste de récupérer et redécolle aussi promptement avec son grain de folie dévalant la colline vers la ville. Quelques heures ne suffisent évidement pas a se faire une idée d’un pays, surtout dans une ville frontière à l’exterme sud du pays, je vadrouille (oui oui, Elie vadrouille) en ville, note la différence économique flagrante avec la Thaïlande voisine et trouve le portrait Ang Sang Su Kyi dans les journaux locaux. Nouveau signe d’ouverture politique du pays que de voir cette femme résistante qui semble a la fois si frêle et si forte.

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De retour en Thailande, cette fois ci sur la cote ouest de la péninsule j’avise une plage a mi chemin vers l’île de Phuket pour camper. La plage est a 3 km de la route principale, la petite route qui y mène serpente dans la jungle, ponctué tout les 100m de panneaux indiquant la marche a suivre en cas de tsunami (le dernier c’était en 2004 et il a marquer les esprits). La roue avant du vélo descend de la route vers le sable, suivi de la roue arrière, une seconde ou deux et la petite roue de la remorque va suivre et crac! *jurons dans toutes les langues que je connais* j’ai encore cassé ma remorque, toujours, au meme endroit! Je me calme, de toute façons maintenant je connais la marche à suivre, il y avait un garage auto avec surement un fer a souder à l’entrée de la route. Demi tour à pied en poussant le vélo sur trois km pour éviter d’aggraver la casse de la remorque. Je croise plein de jeunes thailandais en moto, il doit avoir un lycée un peu plus loin. Trois d’entre eux sont sur un triporteur très courant en Thailande, il s’agit d’un scooter sur lequel on a ajouté une plateforme sur un coté et une roue pour la soutenir, un peu comme un side-car. Ils sont souvent aménager en resto ambulant, très drôle à voir quand le type conduit d’une main tout en tendant l’autre bras pour retourner ses brochettes situées a l’arrière de l’engin. Bref dans notre cas présent c’est pas un resto mais juste la plateforme avec deux loustics dessus. Quand ils me croisent ils se retournent tous pour me saluer à grand renfort de hello et d’éclats de rire. J’ai dit plus haut que la route serpente, le conducteur s’en rappelle un peu tard, il a aussi oublié de ralentir, il est désormais sur deux roues, une seconde après plus rien ne touche le sol et la suivante l’ensemble a disparu dans le fossé. J’acourt vers eux mais avant que je n’arrive à leur hauteur ils ressortent de derrière les feuilles de bananiers indemnes et hilares à un tel point qu’ils doivent prendre cinq bonnes minutes pour se calmer avant de réussir sortir leur véhicule du fossé.

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Remorque réparée, je retourne à la plage. Un couple musulman regarde le coucher de soleil, l’homme parle bien anglais et je sais immédiatement, grandi de mon expérience, qu’il va me proposer de m’héberger. Je romps le jeune du ramadan en leur compagnie chez des amis de la famille, c’est finalement chez ces gens que je dormirai. Un excellent repas, des gens adorables et curieux dans une maison simple et accueillante. Tout ce que j’aime.

Phuket, si j’ai un conseil à donner sur ce lieu c’est : n’y allez pas. L’île est reliée par un pont au continent, on suit la 4 voie sans charme jusqu’à Phuket ville, sans intérêt et loin de la plage donc hébergement abordable. Sur la plage, à la densité quasi concentrationnaire même en basse saison, on est enquiquiné par les vendeurs de cannabis, les loueurs de jet sky et transats, les filles de joie, la musique pourrie des club et la bouffe entre 3 et 4 fois plus cher qu’ailleurs. La seule chose qui vaut le coup d’être vu c’est le mélange improbable de touristes. Les américaines et européennes en bikini fleuri croisent entre autres des familles russes qui ne parlent pas un mot d’anglais et des gens de la péninsule arabique accompagnés de leur femme en tchador noir intégral. Non non ces derniers ne se sont pas trompés de lieu de villégiature, plusieurs locaux m’ont confirmer que les hommes, peu importe la longueur de leur barbe et leur pureté religieuse affichée, profitent autant que possible des déviances et excès que propose un lieu comme Phuket. C’est un malais qui a eu les mots les plus justes : chez eux tout est haram, mais à l’instant ou ils arrivent ici tout devient halal.

Bon haram ou halal, moi je suis surtout venu à Phuket pour y laisser mon vélo un mois. Généralement au mois d’aout je prend des vacances! Je grimpe dans un bus, traverse toute la Malaysie et arrive 24 heures plus tard a Singapour. J’y retrouve mon vieux pote Julien et c’est reparti pour….(désolé va encore falloir attendre le prochain article)

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A propos elievadrouille

Ami du velo et de la curiosité
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4 commentaires pour …c’est une péninsule!

  1. Marie Malleret dit :

    des articles toujours très instructifs et intéréssants, mieux que le journal! merci, et bonnne suite de voyage!
    une lectrice attentive, Marie

  2. Nil dit :

    Hello, Élie! Ton style époustouflant me donne la main, il me conduit à travers des sentiers improbables, sous un ciel orageux, me fait découvrir des lieux, des femmes, des hommes qui invitent à renouer avec le genre humain, à partager un repas frugal mais ô combien fraternel, à cueillir un sourire ici et là et redécouvrir cette lumière de l’enfance dans des regards innocents.
    Demain, je passe, en ta compagnie, la frontière…

  3. prevalet dit :

    sabadi ———–sabadi Elie et bonne route.

  4. Sina dit :

    Elieee! I miss you, you crazy hairy guy 🙂 how r u?where r u right now?i cannot read your blog but Leo told me u describe us as beautiful blond girls,and i totally agree with that! Hope u’ll be in australia soon so we can all come and visit 😉 greetings from germany and a lot of achsooo for u!

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