Hello Mister Julien

Singapour, cité état multi-ethnique tout au bout du continent eurasiatique. Aucun rapport avec Brest, ville, je vous le rappelle, située à la pointe de la péninsule bretonne, c’est tout à fait à l’autre bout. Voilà. Il me fallait une digression pour commencer cet article, ne sachant pas vraiment comment le commencer. Je vous raconterai Singapour lors d’un prochain passage dans la ville.

A peine arrivés Julien et moi même, nous voila déjà sur l’île de Batam en Indonésie à une heure de ferry. Nous n’avions pas planifié notre parcours au delà de cette étape. Nous nous rendons au port pour pêcher des infos. Attendez, nous sommes déjà au port étant donné que l’on arrive en bateau ? Ah non, c’est pas le bon celui qui nous intéresse est à 30km. Pas de ferry pour Jakarta avant une semaine, bon! Et pour Medan, Banda Aceh, Dumai, Mentok, Pelembang ? Ca grouille de petites agences de ferry en face de la jetée et seulement deux occidentaux paumés, harcelés par les malins qui sentent l’argent facile. On fait le tri, on regarde la carte avant de se décider pour Kuala Tongal, liaison disponible la plus au sud de Sumatra. Tout d’un coup il n’y a plus place dans le ferry, on regarde le guichetier, un peu perplexes, et à nouveau il y a de la place. On comprendra trop tard que l’on a payé 3 euros de plus pour notre billet.

Ça promet d’être sportif l’Indonésie ! 6 ou 7 heures enfermés dans la cabine d’un petit bateau propulsé par 4 énormes moteurs le lendemain. Kuala Tongal est une petite ville paisible…. ah non! Kuala Tongal est bien une petite ville, avec certes un certain charme, sa jetée en bois et le marché où nous découvrons toutes sorte de de mets locaux. Les rues sont envahies de scooters hurlants qui zigzaguent entre les tas de déchets, les chats errants, les enfants, les rickshaw, les restos ambulants et les deux héberlués que nous sommes dans une désorganisation désopilante.

Juste après la tombée de la nuit, durant une demi-heure les rues se vident soudainement, rats, crabes, gecko, oiseaux et chats apparaissent alors que les hommes rompent le jeûne du ramadan. Nous comprenons dès notre arrivée que deux mots simples et amicaux nous accompagneront dans tout le pays. « Hello mister! » disent les hommes assis aux terrasses des restaurants, « Hello mister! » crient les enfants, « Hello mister! » lance la marchande de fruit, « Hello mister! » glousse l’eboueur, « Hello mister! » hurlent les chauffeurs de taxis, »Hello mister! » interpelle le policier, « Hello mister! » sourit le passant, « Hello mister! » aboit le chien … ah non, Allah est grand pas de chien en Indonesie !

Jambi, la grosse ville voisine. Nous y apprenons le fonctionnement des transports locaux, les ojeks sont des taxis scooter, avec ou sans casque pour le passager selon les cas. Ils vont là où les minibus collectifs ne vont pas. Ces derniers ressemblent plus à des boites de conserves montées sur des roues de brouette, toujours déglingués certains se particularisent par un équipement hi-fi du feu de dieu dont les enceintes prennent la place de deux passagers. Le chauffeur a généralement la conviction que rien ne peut lui arriver. Soit il appuie à fond sur accélérateur, soit, mais bien plus rarement il écrase le frein. J’en suis convaincu, ils ont tous suivi une thérapie de choc qui les a convaincus de leur capacité à dématérialiser le véhicule et ses passagers en cas d’impact imminent et à les rematérialiser une fois l’obstacle franchi.

Nous ne perdons pas le pied marin en louant les services d’une petite embarcation qui nous emmènera à deux heures de navigation sur le fleuve aux temples de Muara Jambi, vieux restes de l’époque hindou du pays. Le père de famille propriétaire du bateau au moteur assourdissant nous confie à ses trois fils, le plus âgé, quinze ans environ, pilote, le cadet écope de temps à autre le bateau qui prend l’eau, le petit dernier enquiquine et se fait enquiquiner par les deux autres quand il ne roupille pas.

Le lendemain, bus, 24 heures a 30km/h de moyenne sur la seule route de la région. Le bus repère plus de passagers qu’il n’en dépose sur le trajet. Une fois toutes les places assises occupées l’aide conducteur continue à crier la destination du bus agrippé au marchepied de la porte arrière. Il installe maintenant des tabourets dans l’allée centrale et sans relâche tente de faire monter plus de gens à bord.

Nous arrivons au matin à Kalienda, bourgade côtière calme au sud de Sumatra. « On va tout de même pas perdre notre temps à dormir! », tempête Julien l’infatigable en arrivant. Nous cherchons une plage non recouverte de déchets, sans succès. Nous lions connaissance avec une myriade de gosses, fils et filles de pêcheurs. Pas d’école ce jour la, c’est jour de fête. La grande attraction des gosses est un bus peinturluré de couleurs vives et chaudes, au nez en forme de bonhomme rigolo, les bambins crépitent de cris de joie, gigotant dans tout les sens au rythme d’une musique de fête foraine alors que le bus sillonne la ville. Julien est terriblement envieux, il veut son tour dans le bus magique et ne quittera pas la ville tant que ce ne sera pas fait!

Le soir une certaine effervécence enbaume la rue principale. On célèbre la fin du ramadan à coups de feux d’artifices, les groupes d’amis, les familles de sortie nous interpellent pour nous prendre en photo et lier connaissance avec le peu de vocabulaire que l’on a en commun. « You need some help guys? Are you lost? » On s’est assis sur le trottoir quelques minutes pour déguster une sorte de gâteau local fourré de confiture. Surpris d’entendre soudainement un si bon anglais, nous levons les yeux, laissant un peu de répit au gâteau de toutes façons condamné. On découvre un petit short, un tea-shirt, une épaisse chevelure noire et un immense sourire qui reprend la parole en se marrant et tendant un sac plastique. « Je ramène une glace pour mon frère, mais comme c’est parti, il l’aura fondue! » Nous venons de faire la connaissance de Hetty, bonne étudiante, elle revient chez elle après un séjour de 3 mois au Etats-unis.

« Moi, je la connais la belle plage, je passe vous prendre demain matin à votre hôtel » Proposition irrefusable. Hetty est d’une famille chrétienne plutôt aisée, son séjour outre-pacifique a sans aucun doute développé, s’il le fallait, son appétit gourmand de nouveaux horizons, et exacerbé sa curiosité. Elle est consciente de son décalage avec la société indonésienne conservatrice et très auto-centrée. Elle flirte avec les limites des règles sociétale non-dites. Se baigner en compagnie de deux gars étrangers, qui plus est dans un petit village de pécheurs « Certains pense que je suis une prostituée » nous confie- t-elle résignée. Nous passons la journée en sa compagnie, le soir elle souhaite partager une bière avec nous mais inquiète du regard des autres, elle nous demande de trouver un lieu aussi discret que possible à l’abri du jugement moral qui plane toujours sur elle.

Sumatra-Java. Le mouvement continue, un (très) gros ferry (très) lent et surpeuplé nous dépose sur l’île la plus peuplée du pays. De rocambolesques minibus nous emmènent à Laboan station balnéaire envahie de riches jakartiens. Sans grand intérêt. Il aurait fallu aller plus au sud en face du volcan Kratatau sorti des eaux entre 1883 et 1930. On se précipite le lendemain vers Bogor, ville rafraîchissante au milieu des montagnes 60km au sud de Jakarta.

Nous avons un plan, nous sommes abasourdis par les transports en commun chaotiques et fatigués des chauffeurs malhonnêtes qui nous demandent très souvent entre 3 et 5 fois le prix normalement pratiqué. Nous voulons louer une moto, une grosse moto dit Julien, pas pour aller vite mais pour garder un certain confort et y mettre nos deux sacs. J’ai confiance en la qualité de pilote de Julien habitué à conduire toute l’année tracteur, 4×4, moto, parachute et camion. Il parait même qu’il tient en équilibre sur un vélo. Le gérant de notre auberge nous met en contact avec la seule personne susceptible d’avoir ce que nous cherchons dans la ville. « Big motorbike…. don’t have », on doit choisir entre deux scooters rikikis et une voiture. Apres avoir visité le fabuleux jardin botanique, ses 400 espèces de palmier et autre arbres géants, on opte pour la voiture. Nous installons deux jolies allemandes toutes blondes pour plus d’aventure et de fun sur les sièges arrière. Sina et Leonie. Katastrophe, notre départ en voiture coïncide avec le premier jour des vacances indonésiennes !

 

En 5 heures de route nous arrivons au pied du volcan Gede à 60km de Bogor. Surement aurions nous apprécié randonner jusqu’au sommet et courir dans le cratère entre les fumerolles mais nous avons peu d’équipement dans nos sacs et l’envie de voir le maximum de l’Île de Java cœur de l’Indonésie dans le court laps de temps que nous avons. On se contentera d’une petite promenade à travers la jungle jusqu’à une cascade récréative ou pataugent des dizaines de dizaines de vacanciers indonésiens qui nous bombardent de « hello mister » de « Where are you from » et qui tiennent absolument à se prendre en photo avec nous.

Les Indonésiens on une relation à l’argent assez obsessionnelle. Il est regrettable de dire que c’est dans ce pays plus qu’ailleurs et même plus qu’en Inde que j’ai eu à subir un regard de jalousie malsaine et de fantasmes à l’égard de mon porte-monnaie. Alors que je confiais mon agacement des petites arnaques quotidiennes et flagrantes à un type qui avait engagé la conversation avec moi, il me répond spontanément comme si je m’étais plaint qu’il fasse noir la nuit. « Mais enfin, c’est normal, tu es blanc! » Cette attitude se retrouve jusque dans les endroits non touristiques habituellement épargnés par ce genre de comportement. Les Indonésiens, peuple insulaire, connaissent très mal les réalités du monde et vivent dans une société certes très diversifiée à l’échelle du pays mais complètement tournée vers elle même. La réaction de certains quand ils nous aperçoivent est pour le moins déconcertante : Quittant la position avachie dans laquelle ils sévissent toute la journée, ils se dressent en un quart de seconde, une main pour faire des grands signes et l’autre pour nous pointer du doigt si d’aventure un passant ne nous a pas encore remarqués : « Eeeeeeeh bule, bule! (occidental en indonésien ou blanc, prononcé « boulet ») Mister! Hello Mister!  » le tout servi avec un rire gras qui pourrait sembler moqueur. Le type reste en alerte une petite minute comme s’il risquait de se passer un truc encore plus incroyable qu’un blond qui passe et retourne à son occupation.

L’Indonésie est également un pays où tout se paye. Il sont champions  du monde des tickets et athlètes des billetteries. Il y a un receveur dans chaque toilette publique, à l’entrée des plages, à coté des transats en bois pourri, pour entrer dans la quasi totalité des parcs et sites touristiques au sens large (à savoir certain ports ou villages, vallées ou points de vue.) Sur chaque parking ou chose qui s’en approche un mec équipé d’un sifflet et d’un gilet fluo fait des grand gestes pour aider à manœuvrer. Il est vivement recommandé de ne pas suivre ses gesticulations farfelues pour éviter l’accrochage avec un scooter et bien sur il ne manquera pas de réclamer son dû. Les glaçons avec les boisons dans ce pays equatorial peuvent être comptés en supplément. Il s’agit à chaque fois de petites sommes, quelques dizaines de centimes d’euro, qui rendent le rapport à l’argent permanent. Et les Indonésiens semblent avoir bien intériorisé ce comportement, les chauffeurs de bus jettent des petites coupures aux policiers par exemple.  Alors j’ai essayé quelque chose : sur les gros sites touristiques, là où très officiellement l’entrée est 2 ou 3 fois plus cher pour les étrangers, nous sommes constamment sollicités pour être pris en photo par les touristes indonésiens. Mais la discussion ne va souvent pas plus loin, ils veulent juste nous exhiber plus tard comme des petits trophées quand ils seront de retour chez eux . Bien que le fait d’avoir ma trombine dans la mémoire d’un millier de téléphones portables m’est bien égal j’ai mis un petit papier bien visible dans la poche de ma chemise, « Photo 1000 roupias » (même pas 0,07euros). Et ils payent! Sans protester, sans négocier le plus souvent, à moi le riche occidental ! Ca ne rembourse pas mon billet d’entrée sur le site, au mieux, je peux m’acheter un coca à la fin.

plantation de the

On laisse Leonie et Sina à Bandung un peu plus à l’est après avoir apprécié en leur compagnie la vue plongeante sur un cratère actif, les cultures de thé et un tas de moments plein de sympathie quotidienne.

D’une traite, notre voiture automatique, volant à droite avec clim, mais sans chauffage, nous dépose à Cirebon (prononcez Tchiraibonne), coté nord de Java. Nous arrivons relativement tard dans la ville. On y trouve trouve l’hôtel le moins cher de notre séjour devant lequel racolent tout un bataillon de prostituées. En arpentant les rues endormies à la recherche désespérée d’une bière (récemment prohibé dans le district nous dit-on), nous croisons un chauffeur de rickshaw-vélo, conduisant une de nos charmantes voisines, qui nous lance un genialissime « hey mister, tchik tchik boum boum!? » avec la gestuelle adéquate. Nous, on voulait juste boire un coup, pas tirer un coup.

Le port de pêche de Cirebon est très beau, des tas d’embarcations peintes de toutes les couleurs et de motifs flamboyants à l’embouchure d’une rivière. Il faut juste le trouver. On marche le long du port de marchandises, nous y apercevons des énormes barges qui semblent transporter des montagnes de charbon ou de sable au large, des hangars, des bateaux de police, des épaves mais pas un seul bateau de pêche. On poursuit notre marche le long du rivage, arrivés à la sortie de ville, un petit village de pêcheurs. Les villages de pêcheurs sont partout très pauvres, pas seulement en Indonésie. Des ruelles de sable couvertes de déchets, des petites maisons très simples et fragiles, des motos et des vélos déglingués. La petite mosquée ne permet même pas à tout les fidèles d’assister à la grande prière du vendredi (ça me rappelle quelque chose sur les prières de rue… à Paris). Il y un ponton où sont amarrés quelques bateaux de pêche et la plage, si jamais il y en a eu une, est couverte d’un mètre de hauteur d’ordures. Ce n’est visiblement pas le lieu que nous cherchons.

Retour en centre ville, dans la plus vieille mosquée de la ville, qui dispose d’un mélange de styles réussi avec son toit pyramidal et sa salle de prière semi ouverte soutenue par des dizaines de colonnes, nous somme abordés par un homme. Il a le physique d’un bébé d’ 1m90, il travaille comme serveur sur les navires de la compagnie costa croisiere. Il est extrêmement bavard et bien que son travail lui donne une fenêtre sur le monde il reste typique des villageois indonésiens. Sa conversation survole des sujet simples de la vie quotidienne, des différences banales entre nos pays (le prix des cigarettes, nous mangeons du pain, eux du riz, il fait froid en Europe…) Il insiste énormément pour nous héberger une nuit. « Je veux montrer à mes voisins que je suis quelqu’un, que je parle anglais, leur prouver que je ne leur raconte pas d’histoires, que vous êtes mes amis de France » qu’il nous dit ce gentil bonhomme de 38 ans qui n’a pas complètement quitté l’enfance. On craint une soirée un peu ennuyeuse mais refuser sans le blesser semble trop délicat. Après avoir récupéré trois de ces frères et la jolie et timide petite soeur – « Faites la parler anglais, elle fait des études dans le tourisme », nous confie-t -il, nous allons tous ensemble à la recherche du port de pêche en voiture. Seulement il fait nuit et aucun d’entre eux ne sait où il se trouve, nous ne le trouverons pas. Sa famile vit dans un village à la peripherie de la ville, visite accompagnée le matin.

Nous découvrons des tas de petits ateliers de meubles tressés en osier, fil plastique ou corde. Des dizaines d’heures de travail pour une chaise ou une table, ici on peut les acheter pour une dizaine d’euros. « Tous ces meubles partent ensuite par cargo vers l’Amérique, le Japon et l’Europe où il sont vendus au moins 30 fois plus cher » Jamais je n’aurais soupçonné que les bourgeoises texanes et milanaises imposent les affronts de leurs postérieurs sur du mobilier fabriqué au milieu d’une foret de bananier et cocotier. A l’école les enfants s’amusent comme des fous pour cause de fête nationale, j’étais très envieux.

Nous quittons notre hôte en début d’après midi, direction Solo plusieurs centaines de km à l’est. « Julien! Arrête la bagnole, ils sont là ces foutus bateaux de pêche. »A plus de 20km de la ville, on avait fait une croix dessus après les avoir cherchés pendant deux jours. Il y a une bonne cinquantaine de bateaux richement colorés et des gosses en extase à notre arrivée. Les garçons jouent dans l’eau, les filles sur terre. A vrai dire ce n’est toujours pas le lieu décrit dans le guide mais ca nous plait. On passera quelque km plus loin devant le véritable port et un gros marché au poisson.

A Solo, Julien part a la recherche de Prakto, maître de méditation et de danse, de mon coté je profite de l’hôtel avec piscine, cocotiers et wifi en plein centre ville, qui nous coûte la somme incroyable de 7euros 50 à deux. En début de soirée Sina et Leonie, prévenues par nos soins de la « grandiosité » de notre hébergement déboulent en fanfare, se jetant dans la piscine avant même de se jeter dans nos bras. Ca remet de la joie et du bruit dans la voiture pour visiter les environs de la ville, quelques temples indo-boudhistes et la campagne environnante pour quelque jours. Je me dois de mentionner la dégustation collégiale d’un cobra sacrifié sous nos yeux après que nous ayons bu son sang mélangé à du Red bull. Pas mauvais. Nous laissons les filles filer plus encore vers l’est et Bali, alors que nous entamons notre demi tour vers l’ouest.

Juste avant la culturelle Yojakarta, les temples de Pranbanan. D’immenses temples hindous et bouddhistes. Il y a environ 800 ans les monarques indonésiens emboîtent le pas du souverain de Melaca. ils quittent l’hindouisme et le bouddhisme au profit de l’islam. Un choix motivé entre autres pour des raison de commerce avec les sultanats arabes incontournables en la matière à l’époque.

Aujourd’hui l’hindouisme subsiste uniquement à Bali. Les temples ont progressivement été abandonnés, puis oubliés, recouverts par la jungle. L’Indonésie n’a pas bâti d’édifices aussi impressionnants depuis ce temps la. Depuis des décennies les vestiges sont redécouverts, démontés pierre par pierre avant d’être lentement reconstruits. Le pays reconstruit son passé. Le plus grand temple bouddhiste du monde est aujourd’hui dans le plus grand pays musulman du monde : Boroboudur. On a tout de même pu y croiser un moine au milieu des milliers de touristes indonésiens.

Il nous reste un tout petit peu de temps avant que Julien ne reparte, on file vers le plateau de la Dieng, perché à 2000m d’altitude et pas si loin de Boroboudur. On suit consciencieusement les panneaux d’indication avant de se retrouver bloqués en pleine montagne. Un pan de montagne gros comme un terrain de foot s’est effondré, l’éboulement a emporté la route avec lui. Un passage a été aménagé pour les motos mais impossible de passer avec notre voiture. On nous dit qu’il faut faire demi-tour pour trouver une voie alternative mais qu’il faudra payer, le type nous montre sa moto… « Mais nan on va pas abandonner notre voiture! » bref c’est à n’y rien comprendre, on n’est pas tombé sur un génie de la communication. On finira par y arriver, on s’engage dans un chemin pavé très étroit qui plonge avec une pente de 30% dans le fond de vallée, notre guide est devant en moto et un jeune garçon en passager nous indique constamment où l’on risque de perdre un rétroviseur ou  d’envoyer les roues dans le fossé. On doit payer deux péages au milieu de cette déviation improbable, on peut même pas protester, on nous tend un ticket avec le prix. Le chemin remonte aussi sec qu’il descendait, on passera de justesse laissant quelques bouts de pneus brûlés sur notre passage.

grains de cafe

Dieng et son magnifique plateau, au delà des cultures étagées on trouve certains des plus vieux temples du pays, des lacs qui prennent des teintes incroyables sous l’effet des vapeurs de souffre, une énorme marmite naturel d’eau archi bouillante qui pue l’œuf pourri. Et un sympathique lever de soleil après nous être nous même levés a 4h du matin. Cela est insuffisant pour fatiguer Julien qui conduit une petite douzaine d’heures sur les routes étroites et surchargéss de moto pour ramener la voiture à Bogor.

Jakarta la monstrueuse le lendemain et… pouf nous voila de retour à Singapour ( je vous dirais pas comment, j’ai toujours un peu honte quand ça m’arrive). Julien enchaîne directement son retour aéroporté vers la France quand de mon coté je suis hébergé par Gérard et Sophie. Gérard est maître aventurier-voyageur autodidacte depuis des décennies, c’est pas moi qui vais lui apprendre à faire la grimace.  Lizez donc!

Ils ont la gentillesse de me faire découvrir Singapour. C’est un pays riche, très organisé, très propre. Il y a des règles et des lois pour tout et partout avec amende à la clef à chaque fois. Une loi pour traverser sur les passages piétons, pour laisser sa place aux personnes âgées dans les transports, interdiction de fumer presque partout, interdiction de manger dans le métro, interdiction de jeter un papier ailleurs que dans une poubelle, interdiction de cracher, interdiction de faire la sieste sur un banc public, interdiction de jouer au cerf-volent sur les places, impossible de rentrer dans le pays avec cigarettes et alcool, si l’on vient en voiture le réservoir doit être sur la réserve pour ne donner que ces quelques exemples. Toutes ces règles sont le fruit de la volonté des dirigeants d’éduquer la population, en grande majorité d’origine chinoise, à un mode de vie plus « civilisé » ou standardisé. Ce pays a pris en contre exemple le capharnaüm apparent de l’ensemble de ses voisins et se veut être un modèle régional en la matière.

Il semble que ca marche, la population intègre ces règles et les respectent tout comme il se respectent les uns les autres. A coté des chinois, les minorités indienne et malaise vivent une excellente cohabitation, ils sont simplement tous Singapouriens. Seuls les chinois fraîchement arrivés de Chine sont mal vus par les chinois historiques de Singapour. « Des gens sales, qui ne parlent pas anglais, (langue officielle très bien parlée par tout le monde), un peuple de paysans qui débarque en ville » dit Gerard en résumant leur point de vue.

En retraversant la Malaisie pour retrouver mon vélo en Thailande je fais étape à Kuala Lumpur la capitale. J’y retrouve une ambiance semblable à celle de Singapour sans le coté hygiéniste psychorigide vaguement orwellien. Chinatown, quartier voisin de littel India, en Malaisie ces deux minorités représentent plus de 35% de la population. Et bien sûr les tours Petronanas, il fut un temps les plus hautes du monde construite avec les petro-dollars de la mega compagnie du même nom.

Si vous ne vous êtes pas endormis avant d’arriver à ce point de l’article, je m’autorise à retenir vos paupières encore quelque lignes. A peine arrivé à Phukekette sur plage je file directement, avec le vélo, mais en bateau, sur l’ile de Ko Lanta. Plutôt paradisiaque comme lieu! Trois jours et 300km plus tard, les jambes bien dérouillées je fais tamponner mon passeport dans la ville côtière de Satun. Mais où va t-il?

Encore plus de photos ici

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A propos elievadrouille

Ami du velo et de la curiosité
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Un commentaire pour Hello Mister Julien

  1. Marie Guillot dit :

    Salut Elie, merci pour ce nouvel article…impossible de s’endormir en te lisant on est immédiatement emporté avec une seule envie en voir et en savoir toujours plus.
    Bonne continuation.
    Bises Marie

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