Tripalium

En ce début d’après midi du 13 janvier, presque 23 mois après avoir donné les premiers coups de pédale de ce périple, je suis tout entièrement mobilisé à la découpe des multiples couches de film plastique et de scotch qui entravent l’ouverture du grand carton que je transporte. Voila! Je finis par en sortir une roue de vélo qui effleure enfin son troisième continent. Trois heures plus tôt j’embarquais en compagnie de 150 touristes australiens sur le retour des vacances de l’aéroport de Bali vers celui de Perth. Un vent chaud et sec balaie un sable poussiéreux le long de de grandes artères qui semblent aller vers le centre ville. Des énormes camions circulent autours des immenses entrepôts industriels aux abords de l’aéroport. Plus facilement que prévu je traverse la banlieue de la ville jusqu’à son centre historique. La ville d’un million d’habitants est calme, janvier à Perth c’est comme août à Paris, l’été a poussé la population vers les plages. Dans un trafic impeccablement organisé je trouve rapidement un « backpacker » correct (auberge à routards).

Alors on y est? Elie en vadrouille vers l’Australie a touché son but? J’ose espérer que tout autant que vous êtes vous savez que le but affiché n’était qu’un prétexte pour vivre le chemin, je n’ai qu’à changer le sous titre du blog pour poursuivre la route. A cet instant précis je n’ai pas le sentiment d’être « arrivé », tout juste un changement de chapitre dans le livre du voyage.

Le lendemain de mon arrivée j’achète un paquet de 30gramme de tabac à rouler, contemple tristement ma monnaie, la chose m’a dépossédé de 20$. Je sors du bureau de tabac pour m’engouffrer aussitôt dans la pharmacie voisine. Même les patchs pour arrêter sont chers! Si j‘encaisse sans broncher le choc culturel par rapport à l’Asie, le choc financier est brutal.

C’est pourquoi au lieu de contempler l’océan indien et le chemin parcouru ces 23 derniers mois dans un nuage de plénitude, je ne décroche pas la tête du guidon! L’état de mon compte en banque exige que je vende un peu de ma liberté pour le renflouer le plus vite possible, le phénomène est dramatiquement amplifié par le coût de la vie en Australie. Sans perdre une minute, j’ouvre un compte en banque, achète une carte sim, traduit mon CV, demande mon « tax file number » indispensable pour travailler et épluche les petites annonces du web.

Au bout de quatre jours je sais que ce n’est pas ainsi que je trouverai un boulot. Il n’y a pas assez d’offre sur ces supports à la vue des milliers de backpacker (routards) en recherche de job. Je repars avec vélo et remorque vers les zones agricole de la région. Je vise principalement le coin sud ouest du pays, au sud de Perth, où la saison des pommes et du raisin est sur le point de débuter. A seulement 20km de Perth (et 10km de l’aeroport) La Swan Valley concentre sur un espace réduit de nombreuses exploitation, principalement de vignes.

Méthodiquement, je me présente à chaque exploitant. Je suis agréablement bien reçu bien qu’il n’y ait pas de travail pour moi. On me conseil de toquer à la porte des exploitations voisines et l’on m’offre des melons et du raisin à volonté, certain prennent mon numéro de téléphone, « ou vous contactera peut-être dans deux semaines » disent- t-ils. A 17h je n’ai pas de boulot mais je suis confiant, il reste la moitié de la vallée à interroger le lendemain et tout le sud de la région. J’ai exclu le fait de dormir au camping, à 35$ la nuit je seraitout aussi bien installe prés de la rivière caché par les arbres, et cela gratuitement.

Juste avant de rejoindre mon emplacement repéré plus tôt, je remarque un gros bonhomme à la peau mate qui observe la maturité de ces raisins dans une petite parcelle. Le personnage n’est pas un modèle d’élégance, il a la moitié de la bouche paralysée, ce qui étouffe sa voie et de grosses paupières dépareillées qui écrasent ses yeux. Willy est originaire des îles Tonga, un état insulaire du pacifique, arrivé en Australie à l’age de 19ans il a construit un petit business intéressant dans la vigne. Il sert d’intermédiaire entre ses conpatriotes travailleurs tongiens et les agriculteurs de la vallée et exploite quelques vignes à son compte. « Il a plein de boulot pour les trois prochains mois! » assure-t-il. « Tu peux commencer demain? »

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A propos elievadrouille

Ami du velo et de la curiosité
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Un commentaire pour Tripalium

  1. louison69 dit :

    Content de pouvoir lire de nouveau tes articles qui sont toujours aussi bien écrit .
    Et impatient aussi de découvrir la suite , tu a du retard a rattraper ! 😉
    Je suis curieux de voir quelle regard tu portera a l’Australie , pays que je ne connait pas et que j’aimerai découvrir.
    Pour le cout de la vie , je m’en doutait un peu..

    Christophe

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