Ceci n’est pas …

… un article.

Juste un petit coucou pour vous dire que tout va bien. Je vous raconterais mes aventures prochainement, (disons vers noël) pour le moment je suis encore très occupé à gagner des sous.

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Le petit prince

Geraldton est la ville la plus importante entre Perth et Darwin, deux centres majeurs espacés de plus de 4000km. Geraldton est peuplée de 40 000 âmes soit l’équivalent d’une sous-préfecture française. Peu d’autres ville de cette longue côte aride ouest-australienne peuvent se prévaloir d’une populations à cinq chiffres. La ville est agréable, en ce début d’hiver une brise fraîche adoucit le bord de mer sans pour autant refroidir l’océan. Les plus anciens bâtiments visibles dans le centre ville, à savoir l’ancienne gare et la cathédrale, fêtent à peine leur premier siècle d’existence. La petite cité ayant été fondée en 1850.

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Je passe ici une semaine de repos plus ou moins subi. Dans mes derniers jours de travail dans l’exploitation de raisin, je me suis donné un coup au tibia avec le manche d’un outil. J’aurais pu m’en sortir avec un simple bleu mais les parasites s’en sont mêlés et mon hématome devenait dangereusement douloureux et augmentait de taille. J’ai compris le phénomène un samedi matin et me suis ainsi rendu aux urgences de l’hôpital public. Le lieu était presque vide et très calme, une infirmière m’examine brièvement  : « Oh la la, oui c’est infecté vous avez bien fait de venir » Une secrétaire m’enregistre dans les fichiers de l’hôpital et m’annonce tout sourire. « C’est 200$ pour voir le médecin » pas d’argent, pas de toubib ici. Bon, la situation était surtout due au fait que je ne fais pas parti du système de santé australien.

Une fois rétabli je m’élance enfin sur les routes Australiennes, voila des mois que je n’ai pas passé une bonne journée de vélo. Je retrouve mes petit rituels, fermer le sac de la remorque, accrocher les tendeurs, remplir les bouteilles d’eau, remettre le compteur à zéro, placer lunettes de soleil, biscuits boussole, téléphone dans la sacoche de guidon, vérifier une dernière fois la route à suivre, faire tourner le pédalier afin d’avoir la pédale gauche en bas et le pied droit au sol, regarder autour de soi, sourire, prendre un instant, partir.

Il n’y a qu’une seule route qui part vers le nord, elle s’appelle « North-west costal highways » La route n’est pas très large pour une « autoroute », une voie dans chaque direction, avec parfois une voie de dépassement, la circulation est légère, certains « road-trains » passent un peu près, leurs souffles me poussent parfois dans le bas-côté mais que faire? Ce sont les maîtres de la route. Pour rappel les road-trains sont d’énormes semi remorques qui peuvent tirer jusqu’à quatre remorques, quand ils sont lancés à vitesse maximum ils leur faut un bon kilomètre pour s’arrêter. Je traverse la petite ville de Northampton après 60km et quitte la route principale pour camper à quelques encablures de la frontière.

Un groupe d’une dizaine de kangourous sautillent la nuit autour de la tente mais déguerpit dès que je pointe le bout de mon nez (la frontière!?)… Je continue au matin sur des pistes de terre rouge qui séparent les grandes exploitations d’élevage et de céréales. Les champs font des km et des km de long, tout entourés de clôtures pour éviter les ravages commis par les kangourous. J’aperçois une comme petite vallée encaissée emplie de verdure, c’est là que coule la rivière Hutt qui donna son nom au pays. La piste prend (le pays!?)… la courbe de la rivière jusqu’à l’endroit ou l’effondrement du ravin lui permet de la traverser, légèrement en surplomb sur l’autre rive se trouve la capitale (!?)…

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Je m’explique : Il y a plus de 40 ans un agriculteur, Léonard Casley, s’est vigoureusement opposé aux quotas de production que l’on tentait de lui imposer. Plutôt que de se mettre hors la loi, cet homme parmi les plus malins a fait sécession du Commonwealth d’Australie et déclaré ses terres comme état indépendant. L’action était fort bien préparée et s’appuie sur des arguments juridiques recevables, notamment le fait que la région dans laquelle il vit n’a jamais été formellement revendiquée par la couronne britannique. Pour une subtilité juridique qui m’a échappé il a jugé plus sûr de s’ériger en principauté. Le paysan Léonard Casley est devenu Sa Majesté Le Prince Léonard I souverain de la principauté de Hutt river. La famille de Léonard et les travailleurs qui vivaient sur sa ferme représentaient une population d’une vingtaine de personnes. Les autorités australiennes ont sans doute à l’époque sous estimé la détermination du prince à acquérir son indépendance, considérant l’événement avec légèreté. Ils ont d’ailleurs frôlé un arrêt cardiaque par hilarité le jour ou ils ont reçu par courrier une déclaration de guerre du prince Léonard. Quelques jours plus tard, la guerre n’ayant donné lieu à aucun combat d’aucune sorte, les Australiens reçoivent une nouvelle lettre exprimant le souhait de paix du prince entre les deux nations. Futé ce prince! Un pays qui n’a pas perdu la guerre voit son indépendance renforcé. La principauté depuis ce temps se construit une légitimité, se dotant de tout les attributs nécessaire à un état, une constitution, un drapeau, une devise, une monnaie, un hymne etc. Le pays émet des timbres poste, et bien sûr des passeports. Il est possible pour la somme de 500$ de devenir citoyens de Hutt River, il y aurait entre 10 000 et 15 000 hutt-riveriens et hutt-riverienes à travers le monde.

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J’avais entendu parler pour la première fois de ce lieu en lisant un article de « Courrier international » alors que j’étais encore un jeune ado qui ne voyageait que par les rêves. A la fin de l’article l’auteur s’interrogeait sur le risque que Hutt River ne devienne qu’un vulgaire paradis fiscal dépourvu de morale, il était question de l’influence d’un homme qui poussait le prince en se sens. Léonard était décrit comme vieillissant et l’auteur s’interrogeait encore sur la capacité des héritiers à maintenir l’indépendance de la principauté sans le génie de son fondateur. Plus de 10 ans après avoir lu cet article je me rappelais de ce qu’était Hutt River, j’avais en tête la situation approximative du pays sur la carte de l’Australie, mon souvenir donnait un accès à la mer, cela aurait donné plus de charme au lieu. Ce dernier souvenir relevait plutôt d’un fantasme de lieu idyllique, le pays est a une bonne 30taine de km de la cote. Je me souvenais également que, comme à chaque fois que je lisais ou regardais à la TV un reportage sur un lieu, quel qu’il soit, pourvu qu’il soit loin et exotique j’avais très envie d’y aller. J’avais oublié le nom et l’existence de la principauté m’est revenu à l’esprit quelques semaines après être arrivé en Australie . J’ai interroger le web – micro-etat -micro-pays – micro-nation – avec soulagement je l’ai retrouvé.

Je suis chaleureusement accueilli à mon arrivé par deux des fils du prince Leonard, alors que l’un part tondre les moutons l’autre me fait la visite des lieux. Il avait autant que questions sur mon voyage que j’en avais sur la principauté. Il y a un petit musée qui rassemble à la manière d’un bric à brac tout objet ou document qui tend à démontrer le statut d’état souverain du lieu. Une bonne partie du musée est un curieux assemblage d’objets laissés par des visiteur de passage. Certains sont totalement loufoques et leur présence presque inexplicable, un allemand nommé Hütt a laisser sa carte d’identité lors de son passage, une mappmonde d’un club espérantiste polonais est mise en évidence car elle situe la principauté, des insignes de police de divers pays et époque, un morceau du mur de Berlin, des vieux outils de fermes. On peut y admirer quelques passeports de Hutt River dûment tamponnés par de véritable pays, dont celui du consule honoraire d’Hutt River en Côte d’Ivoire, à lire son nom manifestement d’origine française, mais aussi des lettres de diplomates étrangé adressées au Prince, souvent pour lui souhaiter bon anniversaire si ce n’est pas pour la date d’indépendance.

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En face, sur la droite, à l’ombre des arbres, la chapelle du pays fait la fierté de ses habitants. L’apparence extérieure est assez classique, le bâtiment de bois ressemble a une petite grange de ferme surmontée d’une croix. Sur la droite du bâtiment, la stèle en hommage à la princesse Shierley, femme de Léonard décédée l’an passé à été fleurie le matin même. Pour la fête des mères, célébrée début mai en Australie, me rappelle son fils, dans un mélange d’émotion et de retenue. Lorsque l’on rentre dans la chapelle, une lumière légèrement bleutée inonde les murs blancs et fait ressortir la couleur sombre des bancs de bois massif. De chaque côté de l’autel, faisant face à l’auditoire deux imposantes chaises sont réservée au souverain et à sa femme. De grands tableaux très réussis ornent les murs, ils représentent autant des scènes de la vie quotidienne de la principauté que les traditionnel scènes de la vie du Christ. En cherchant bien l’on devrait pouvoir reconnaître certains des membres de la famille princière sous les trait des personnages dessinés.

Pile en face du musée le bureau de poste est un petit bâtiment de briques surélevé de deux marches et devancé d’un perron couvert. Le prince Léonard se tient justement à l’ombre du perron, protégé par la fraîcheur des briques. C’est un vieux monsieur de 88 ans, le dos légèrement voûté par une vie de labeur et 40 années de règne que je salue respectueusement. Son âge n’a pas effacé le regard malicieux et le sourire de farceur érudit qu’il porte avec tant de … majesté! Il raconte, aux quelques visiteurs que nous sommes ce matin là, pour une einieme fois, les anecdotes, les faits de gloire de la principauté sans cacher son plaisir et sa fierté avec une certaine simplicité. Léonard Ier parle avec un fort accent de paysans australien, il m’est très difficile de saisir toutes ses paroles et je n’ose faire répéter un prince à chaque phrase. Mais à la différence de nombreux autres fermiers il parle sans vulgarité. Le bureau de poste est aussi le poste de douane et le bureau gouvernemental. Les philatélistes se précipiteront sur les timbres de la principauté, la plus part dessinés par les filles ou petites filles du Prince, représentent les nombreuses espèces d’oiseau colorés qui peuplent la principauté. Outre les timbres, il est possible d’acheter des pièces et billets en dollar de Hutt river à parité égale avec le dollar australien. Les murs arborent le même habillage fouillis que ceux du musée. Billet de banque de contrées et d’époque variés s’affiche sur un mur, tandit que sur un autre on retrouve à nouveau un fourre tout de documents officiels ou personnel, jauni ou photocopié et d’intérêts variables.

Je dois, me dit on, présenter mon passeport et payer le visa d’entrée de la principauté. La chose est présentée de façon qui me laisse comprendre qu’il est acceptable de refuser. Je joue le jeu, le visa ne coûte que deux dollars, une dépense plus qu’acceptable à la vue du temps passer par le fils pour me faire la visite guidée des lieux. Mais au lieu de présenter mon passeport, je sors de mon sac mon ancien passeport, quasiment plein et estampillé de la mention « annulé » depuis que le consulat de France au Laos m’en a délivré un nouveau. C’est le fils qui se charge des formalités, il feuillette mon passeport, marque un temps d’interrogation, en effet le tampons d’entrée australien n’y est pas et applique sur la toute dernière page vierge de mon ancien passeport deux tampons, entrée et sortie.

En quittant la principauté je m’interroge sur la nature du lieu. Est- ce un état-nation et une famille princière menée par un fondateur au talent génial ou es ce une simple ferme familiale australienne qui suit sur plusieurs génération une idée délirante ? Peu importe à vrai dire ce qu’est Hutt River, les gens qui y vivent croient sincèrement en leur droit à la souveraineté. De part leur détermination Hutt River existe en tant d’entité concrète depuis plus de quatre décennies. Ces gens simples diffusent des valeurs humanistes, de tolérance et d’accueil. Ils ont mis de l’utopie dans la recette de leur aventure et c’est peut être cela que viennent chercher les 20 000 visiteurs annuels. Hutt River fonctionne et existe encore aujourd’hui car il est la concrétisation du rêve de chaque petit prince endormi.

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Dollars en grappes

La vallée de la Swan s’étire sur 20km de long et 3 de large. Le lieu est absolument plat et ne doit son titre de vallée qu’à la discrète Swan qui coule en son centre. Ici le cours d’eau ressemble à une paisible rivière aux berges bucoliques tandis que 20km en aval c’est un fleuve étonnamment large qui traverse Perth et se jette dans l’océan indien. Willy loge ses travailleurs dans une maison déglinguée au milieu de la vallée. La population de Tongiens y est généralement comprise entre 10 et 30 individus.
Je me suis rarement senti autant différent que face à ces tongiens, ils ont presque tous une carrure de colosse, des masses de muscles de plus de 100kg chacun, y compris les femmes. Ce n’est pas un hasard si les îles Tonga fournissent un bon nombre de rugbymen professionnels dans tous les pays riches (et que leur équipe a vaincu l’équipe de France lors de la dernière coupe du monde, ce qu’ils ne manquent pas de me rappeler l’air moqueur).

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Dès mon arrivée je suis propulsé dans cette nouvelle ambiance. Le soir les Tongiens boivent le kava. Le kava est la racine d’une plante bien connue de la région pacifique. Cette racine est réduite en poudre avant d’être simplement mélangée avec de l’eau. Cette boisson de première importance dans de nombreuses cultures du Pacifique voit sa consommation toujours soumise à un certain rituel, bien que considérablement atténué dans le cas présent. Le kava est présenté dans un grand récipient en bois, creusé dans une seule pièce . De petites calebasses coupées en deux servent de verres. Le goût du kava est plutôt amer et a tendance à rester en bouche un peu plus longtemps que souhaité. Cette plante a de légers effets psychotropes à la fois relaxants et euphorisants. Des laboratoires pharmaceutiques en ont d’ailleurs tiré des anti-stress ou anti-dépresseurs. Si cette boisson ne provoque pas de dépendance, les Tongiens la consomment avec grande avidité plusieurs soirs par semaine. Pour accompagner le kava ils aiment à chanter, des chants d’église souvent, arrangés à leurs sonorités.
Bien sûr, ils y en aura toujours qui dans un autre coin du jardin préféreront se soûler à la biere et se raconter des blagues de cul. Tous n’ont pas la même histoire, certains restent très liés à leur île où ils ont laissés femme et enfants à qui ils envoient chaque semaine le pécule gagné. D’autres sont devenus Australiens et n’enseignent plus la langue tongienne à leurs enfants.

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Je travaille avec Willy dans ses vignes, de 6h jusqu’en début d’après midi généralement. Si plusieurs exploitations font du vin, la majorité ne produisent que du raisin de table. Ces vignes sont à hauteur d’homme, le travail consiste à cueillir les plus belles grappes, en retirer les grains pourris pour enfin bien les présenter dans les boites en cartons de 10kg. Nous avons tous un chariot où installer nos cagettes que nous poussons au fur et à mesure de notre progression dans l’allée.

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Willy est un drôle de patron, toute son organisation patauge dans un fouillis artistique dont il est le seul à savoir pourquoi ça marche. Il n’a même pas de téléphone, ou quand il en a, le perd aussitôt!
Willy vend son raisin à de petits supermarchés de la région. Avec sa bonhommie et sa déambulation nonchalante (due aux excès de kava, de fast food, de tabac et aux nuits trop courtes) il est incapable de négocier un prix de vente honorable et s’écrabouille complètement face aux gérantes chinoises des supermarchés. Willy me proposera des cigarettes une dizaine de fois par jour durant une semaine avant d’intégrer le fait je suis en train d’arrêter.

Le salaire n’est pas extravagant et le confort de mon hébergement dans cette maison surpeuplée reste très relatif (j’ai rapidement pris l’initiative de planter ma tente dans le jardin) mais Willy m’a promis après quelque semaines un meilleur boulot 200km au sud.
Les Tongiens sont des gens bruyants, parfois vulgaires, souvent assez rustres. Les voir manger est une expérience en soit, ils fourrent à pleine main des quantités hallucinantes de manioc, mouton grillé ou poulet entier dans leur bouche jusqu’à ce que l’ensemble déborde par le nez. Leur caractère n’est pas toujours des plus facile. S’ils savent souvent se montrer accueillants et généreux, ils usent d’un langage relativement brutal et aiment à jouer d’intimidation en gonflant leurs muscles. Heureusement j’ai toujours été assez kamikaze pour répondre au bon moment : « Je sais que tu es plus fort que moi, alors ne prouve pas que tu es aussi le plus bête ». Toutes ces petites agressions ne sont au fond qu’un liant dans les relations sociales auxquelles il ne faut pas donner plus d’importance. Les Tongiens ont un sens communautaire très fort, et bien que vivant parmi eux de longues semaines, il m’a fallu régulièrement m’affirmer au sein d’un groupe dont les membres sont si liés que l’étranger que je suis ne peut s’intégrer complètement. Une qualité indéniable des Tongiens est leur grande honnêteté par rapport à l’argent, je peux laisser des centaines de dollars dans un coin du salon en étant sûr le les retrouver à la même place la semaine suivante.

Ce n’est que quelques heures avant le départ, fidèle à lui même, que Willy m’annonce que nous partons enfin pour Bunbury où mon nouveau job sera de conduire un petit tracteur pour collecter toutes les boites de raisin remplies par les autres et les entreposer dans la chambre froide. Une dizaine de Tongiens et moi-même nous entassons dans un mini-bus en toute fin de vie pour rejoindre la ferme de Mario. Mario, malgré ses origines italiennes, est bien un fermier australien, j’en tiens pour preuve son usage abusif de ce fucking four letters word. Mario est un perfectionniste alors que dans les fermes précédentes une grande quantité de raisin pourrit avant même d’être mûre, celui de Mario ne subit aucune perte. Tout chez Mario est droit, propre, organisé, rien n’est laissé au hasard. Notre gaillard à moustache et casquette (non il n’est pas plombier) contrôle continuellement tout ce qui peut l’être, du niveau d’huile du tracteur jusqu’aux moindres traces suspectes sur son raisin.

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Je pensais travailler chez Mario plus d’un mois mais c’était sans prendre en compte l’organisation chaotique de Willy. Ce dernier ayant réalisé qu’il avait trop de travailleurs par rapport à la quantité de travail disponible chez l’ensemble de ses partenaires, m’annonce, bien évidement à la dernière minute, que je pars à Geraldton. « Et c’est où Geraldton? » « 650km au nord », soupirs…

Nous ne partons pas avec le minibus, ce dernier ayant définitivement rendu l’âme peu après son 450 000iem km mais dans trois « ute » comme l’on dit ici. « Ute » vient de « Utiliy vehicle » , en français on dit « pick up » (si tant est que cette dernière expression relève bien du français). Ces grosses bagnoles au coffre ouvert sont les véhicules préférés de l’Australien rural.

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Bref, nous arrivons un matin après avoir fait la route de nuit dans une immense exploitation de vignes. J’ai un brutal sentiment d’abattement à notre arrivée, il fait chaud, plus de 40 degrés durant la journée, un fort vent poussiéreux anime les rares arbres sur les rives de la rivière asséchée, des centaines de mouches nous tournent autour, les vignes masquent la vue dans toutes les directions et la ville est à plus de 30km. Willy m’annonce qu’il y a du travail à longueur d’année dans cette exploitation, repart presque aussitôt en m’abandonnant à mon nouveau patron.

Sur place je rencontre en plus de quelques Tongiens, des Salomonais (des îles Salomon), des Fidjiens, un Papou et un gars des îles Vanuatu. Nous ne sommes pas payés à l’heure mais à la boîte de raisin remplie. De ce fait chacun travaille quand bon lui semble, tous les jours de la semaine si vous voulez. La bonne nouvelle est que nous sommes logés gratuitement sur la ferme. Étant donné le peu d’attrait de l’environnement immédiat, je ne fait que travailler durant un mois, accumulant mille dollars chaque semaine.

Je prends à peine le temps de contempler mon nouveau microcosme. Les propriétaires ne sont quasiment jamais présents, la gestion de l’exploitation est assumée par un couple de Tongiens, Sita et Nani. Ils logent avec leurs compatriotes dans un même bâtiment de la ferme.

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Les Mélanésiens, à l’exception des Fidjiens, (La Mélanésie est une subdivision des peuples du pacifique, dans notre cas seuls les Tongiens n’en font pas partie) partagent une caravane au fond de l’exploitation. Alfred du Vanuatu m’explique que chez lui il y a 83 îles et 106 langues, Albert le Papou, amicalement surnommé par ces amis « l’homme de la grande île » estime que dans son pays près de 800 langues sont pratiquées. Ces deux pays encadrent les îles Salomon à l’ouest et au sud et partagent pour des raisons évidentes de communication une langue commune dérivée de l’anglais à laquelle je ne comprends rien (ne vous inquiétez pas ils parlent aussi très bien l’anglais standard). Les Fidjiens eux vivent en ville où ils forment une petite communauté, ils se covoiturent chaque matin pour venir travailler. Quand à moi j’ai planté ma tente à l’abri du vent, loin de tous ronfleurs.

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Tout allait pour le mieux, le raisin de mauvaise qualité, sans goût et imbibé de produit chimique nous rapporte à tous un bon salaire, mes collègues peuvent se permettre d’envoyer de belles sommes à leurs familles restées sur les îles. Tout allait pour le mieux jusqu’à ce que lors d’un banal contrôle routier Nani et Peterson des Salomons se fassent attrapés par les services de l’émigration. Mele, la grosse tongienne que « l’homme de la grande île » tente désespérément de séduire, échappe de justesse au centre de retention en mentant sur son nom.

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Panique générale! Un coup de fil d’Alfred avertit Sita que la police a trouvé l’adresse de la ferme. En quelques dizaine de minutes, tous ceux en situation irrégulière et même ceux qui sont en règle ont déguerpi. La majorité part dans une autre ferme de la société qui nous emploie, les autre se planquent chez les fidjiens en ville. Je reste seul sur place à assumer les quelques opérations de routine. Les jours suivants constatant qu’aucun policier n’est venu, certains réapparaissent. La peur qui a envahi ces gens m’a semblé quelque peu irrationnelle mais aussi fort compréhensible, leurs choix de vie est en jeu. Sita habituellement si fanfaronnante est complètement déboussolée. Elle doit continuer d’assumer ses responsabilitées, avec la crainte d’être arrêtée elle aussi et privée subitement de son époux. Durant une semaine elle lâche prise, elle se concentre à cuisiner des énormes marmites de bouffe pour les trois ou quatre que nous sommes désormais sur la ferme, ou toute autre tache qui lui vide l’esprit de ses soucis. Mécaniquement je me retrouve à assumer son rôle de manager avant quelle se reprenne. Les patrons tentent de sortir Nani et Peterson du centre de rétention, le risque est bien sûr qu’ils soient expulsés vers leurs îles respectives.

Peterson est un type qui approche de la soixantaine mais qui assume encore une belle silhouette d’adolescent, souriant, discret et malin il était l’un de ceux pour lesquels j’avais le plus de sympathie. Tant qu’il peut aller à l’église chaque samedi et aider sa famille, il est heureux (oui, l’église le samedi car comme vous le savez, bon nombre de chrétiens de la région pacifique sont fidèles de « l’église du septième jour », qui visiblement voit ses semaines débuter chaque dimanche).
Nani avait un rôle important dans la ferme, il était celui qui entretenait toute les installations et le seul capable de manipuler correctement toutes les grosses machines de la ferme.

En fin de compte le temps nous pousse vers la fin de la récolte, le raisin aura pourri avant que nous puissions tout ramasser. A vrai dire ce produit est si mauvais que je considère cela comme une chance pour les consommateurs australiens.

La société qui dirige la ferme possède des exploitations agricoles en tout genre tout autour de l’Australie, son fondateur c’est Tonny, je l’ai aperçu une seule fois en deux mois, il n’a pas adressé un mot aux travailleurs. Du staff dirigeant nous voyons Franck, il me fait penser à un italien du sud, il a cette pointe de violence au fond du regard qui vous invite à tenir une distance respectable avec lui. Je lui ai demandé si je pouvais travailler dans l’exploitation de mangues 3000km au nord. « Pas de problème, je te garde un boulot la haut » a -t-il dit, quand je lui ai dit que ferai la route en vélo, il a immédiatement agité le risque des « noirs ». « Pardon !? » ai-je sursauté. « Oui les aborigènes, des alcooliques… » Je l’ai rassuré en lui disant que dans la majorité des pays que j’ai traversés on m’a mis en garde contre des montagnes de dangers fantasmés, mais je n’ai pas eu le cran de lui dire comment j’appelle ceux qui ont la peur de l’autre.

Bref, vous vous attendiez à ce que je vous conte l’Australie et voila que je vous parle du Pacifique. J’ai voyagé à travers la petite fenêtre offerte par mes collègues, coincé dans ces fermes qui me masquaient la vue. Il est grand temps de partir à la découverte du pays dans lequel je me trouve.

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Merci, grazie, hvala…

…., danke, хвала, falemnderit, ευχαριστώ, gracias, teşekkür ederim, مرسی, rahmat, Рахмат, спасибо, ありがとう, 谢谢, धन्यवाद, thank you, cảm ơn, ຂອບໃຈ, អគុណ, ขอบคุณ, terima kasih, malo, vinaka…

kangurou

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Tripalium

En ce début d’après midi du 13 janvier, presque 23 mois après avoir donné les premiers coups de pédale de ce périple, je suis tout entièrement mobilisé à la découpe des multiples couches de film plastique et de scotch qui entravent l’ouverture du grand carton que je transporte. Voila! Je finis par en sortir une roue de vélo qui effleure enfin son troisième continent. Trois heures plus tôt j’embarquais en compagnie de 150 touristes australiens sur le retour des vacances de l’aéroport de Bali vers celui de Perth. Un vent chaud et sec balaie un sable poussiéreux le long de de grandes artères qui semblent aller vers le centre ville. Des énormes camions circulent autours des immenses entrepôts industriels aux abords de l’aéroport. Plus facilement que prévu je traverse la banlieue de la ville jusqu’à son centre historique. La ville d’un million d’habitants est calme, janvier à Perth c’est comme août à Paris, l’été a poussé la population vers les plages. Dans un trafic impeccablement organisé je trouve rapidement un « backpacker » correct (auberge à routards).

Alors on y est? Elie en vadrouille vers l’Australie a touché son but? J’ose espérer que tout autant que vous êtes vous savez que le but affiché n’était qu’un prétexte pour vivre le chemin, je n’ai qu’à changer le sous titre du blog pour poursuivre la route. A cet instant précis je n’ai pas le sentiment d’être « arrivé », tout juste un changement de chapitre dans le livre du voyage.

Le lendemain de mon arrivée j’achète un paquet de 30gramme de tabac à rouler, contemple tristement ma monnaie, la chose m’a dépossédé de 20$. Je sors du bureau de tabac pour m’engouffrer aussitôt dans la pharmacie voisine. Même les patchs pour arrêter sont chers! Si j‘encaisse sans broncher le choc culturel par rapport à l’Asie, le choc financier est brutal.

C’est pourquoi au lieu de contempler l’océan indien et le chemin parcouru ces 23 derniers mois dans un nuage de plénitude, je ne décroche pas la tête du guidon! L’état de mon compte en banque exige que je vende un peu de ma liberté pour le renflouer le plus vite possible, le phénomène est dramatiquement amplifié par le coût de la vie en Australie. Sans perdre une minute, j’ouvre un compte en banque, achète une carte sim, traduit mon CV, demande mon « tax file number » indispensable pour travailler et épluche les petites annonces du web.

Au bout de quatre jours je sais que ce n’est pas ainsi que je trouverai un boulot. Il n’y a pas assez d’offre sur ces supports à la vue des milliers de backpacker (routards) en recherche de job. Je repars avec vélo et remorque vers les zones agricole de la région. Je vise principalement le coin sud ouest du pays, au sud de Perth, où la saison des pommes et du raisin est sur le point de débuter. A seulement 20km de Perth (et 10km de l’aeroport) La Swan Valley concentre sur un espace réduit de nombreuses exploitation, principalement de vignes.

Méthodiquement, je me présente à chaque exploitant. Je suis agréablement bien reçu bien qu’il n’y ait pas de travail pour moi. On me conseil de toquer à la porte des exploitations voisines et l’on m’offre des melons et du raisin à volonté, certain prennent mon numéro de téléphone, « ou vous contactera peut-être dans deux semaines » disent- t-ils. A 17h je n’ai pas de boulot mais je suis confiant, il reste la moitié de la vallée à interroger le lendemain et tout le sud de la région. J’ai exclu le fait de dormir au camping, à 35$ la nuit je seraitout aussi bien installe prés de la rivière caché par les arbres, et cela gratuitement.

Juste avant de rejoindre mon emplacement repéré plus tôt, je remarque un gros bonhomme à la peau mate qui observe la maturité de ces raisins dans une petite parcelle. Le personnage n’est pas un modèle d’élégance, il a la moitié de la bouche paralysée, ce qui étouffe sa voie et de grosses paupières dépareillées qui écrasent ses yeux. Willy est originaire des îles Tonga, un état insulaire du pacifique, arrivé en Australie à l’age de 19ans il a construit un petit business intéressant dans la vigne. Il sert d’intermédiaire entre ses conpatriotes travailleurs tongiens et les agriculteurs de la vallée et exploite quelques vignes à son compte. « Il a plein de boulot pour les trois prochains mois! » assure-t-il. « Tu peux commencer demain? »

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Dialogue de sourds

Je me réveille à Kuta. J’y suis arrivé la veille en milieu de nuit, après avoir courageusement pédalé les 10km d’autoroute depuis le port. Encore sonné par les trois nuits et quatre jours de mer, je fais la grimace. Kuta est la plage la plus connu de Bali, on y trouve toute la panoplie des excès du genre. Des km de boutique souvenirs ridicules, d’agences touristiques malhonnêtes, de resto à pizzas dégeux, avec toute une population de dealers, rabatteurs pour hôtel et/ou prostituées, chauffeurs de taxi menteurs etc… Les touristes ne faisant aucun effort pour rattraper le niveau bien au contraire. On y observe une déambulation permanente de mini-shorts laissant apparaître des cuisses flasques dont la couleur évolue subitement de la blancheur virginale au douloureux rouge écarlate. Il semble être acceptable en ce lieu de porter un t-shirt de mauvaise qualité affichant en grosse lettres un message sans intérêt tel que « My life is cool », « Your mum is Ugly » ou encore « I love Kuta ». Le dit T-shirt sera bien trop souvent agrémenté d’un dessin représentant un coucher de soleil sur la mer ou un singe sur un cocotier. Pour cause de taille unique l’objet nous donne la chance d’observer l’élégance des nombreux hommes qui ne parviennent pas à faire rentrer toute leur proéminence ventrale dessous, le dernier bourrelet ballotant  joyeusement à l’air libre. Il y a heureusement les surfeurs et surfeuses, fidèles à l’image que chacun se fait d’eux, qui exposent un corps non déformé par cet hédonisme imbécile. Si cette ville vous file la migraine, il est bon de savoir qu’il faut absolument tout négocier si l’on tient à payer un prix honnête. Y compris son cachet d’aspirine.

J’envoie balader à la pelle des dizaines de taxis et autres dealer de champignons hallucinogènes. J’ai développé au fil des mois tout un répertoire de répliques cassantes, vexantes et directes mais suffisamment drôles pour refroidir efficacement mes interlocuteurs sans me faire fusiller du regard qui dit « Désolé d’essayer de gagner ma vie, sale con de riche! » Je marche dans les faubourgs de la ville jusqu’à trouver une plage calme délaissée par les touristes. Au bout de la plage la piste de l’aéroport international. A l’aéroport, je récupère Judith, ma petite sœur, pour deux bonnes semaines. Arnaud son copain arrivera quelques jours plus tard. Nous ne supportons pas Kuta plus d’une journée et nous échappons sur la presqu’île de Butik tout au sud de l’île en attendant l’arrivée d’Arnaud. Les spectaculaires falaises de cette partie de l’île offrent une série de plages étroites à leurs pieds. Le lieu est particulièrement apprecié par toute une armada de surfeurs qui animent la zone. La route sinueuse et vallonnée de la côte propose une large gamme d’auberges et restaurants sans que le paysage en pâtisse. C’est que le lieu résiste étonnamment bien au tourisme de masse visible à Kuta, les surfeurs profitent sans contrainte de cet espace sublime. La mousson bat son plein, il nous faut beaucoup de chance pour passer entre les gouttes. Le Père-Noël nous à donc offert le 24 au soir vers minuit, une plage déserte encastrée entre deux falaises, une eau de mer chaude et accueillante sous un énorme orage!

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Je laisse mon vélo à Uluwatu, le village où nous séjournions, pour partir, accompagné de Judith et Arnaud, explorer Bali, ses plages, ses temples, ses montagnes, ses villages. Première étape, Ubud, au pied des volcans. En quittant la côte nous avons changé de Bali. La culture Balinaise, ses danses et sa religion, bien qu’adroitement commercialisées, apparaissent bien mieux ici. L’identité de l’île se forge dans la religion qui y est pratiquée, l’hindouisme. Cette religion jadis dominante dans la région, des temples d’Angkor jusqu’à l’île de Java, s’est effacée au profit de l’islam et du christianisme. Deux religions arrivées dans les soutes des navires de commerçants arabes et des colons européens il y a une poignée de siècles. Les souverains se convertissant les un après les autres à l’islam sur l’île de Java, l’un d’entre eux prend la tangente et s’installe sur la petite voisine Bali. Longtemps protégée des influences extérieures, Bali reste aujourd’hui, le dernier bastion hindou de la région, la dernière survivance de cette ère révolue.

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Les Balinais, très croyants, disposent chaque matin, devant les maisons, les commerces, les temples, dans les voitures, les bus, les halls d’accueil, bref partout où cela semble nécessaire, un petit panier fort élégant, tressé dans des feuilles de bananier rempli d’offrande à l’intention de Shiva, Ganesh, Brahma ou l’un des quelques millions d’autres dieux hindous. Les temples sont construits comme des cours entourées d’un muret. Quelques petites divinités pourront avoir un autel dans le premier espace alors que plus en hauteur une autre plateforme accueillera le dieu à qui le temple est dédié ainsi que les brahmanes (prêtres). Les temples ne sont jamais couverts d’un toit, mais souvent un banian multicentenaire offre son ombre (et un habitat pour les singes).

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Le mode de transport balinais inévitable, c’est le scooter. On en trouve de bons modèles partout à la location pour l’incroyable somme de 3,5euros par jour. Nous louons donc deux engins afin de faire le tour de l’île.

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Nos premières étapes nous portent vers l’est de Bali. La journée nous serpentons entre les vallées, découvrons des panoramas sublime sur la mer, sympathisons avec quelques villageois et écoliers, admirons les rizières en terrasse, la vue sur les sommets volcaniques ou encore la visite de quelques temples. J’avoue que je ne trouve pas désagréable d’être poussé par un moteur de temps à autre, mais faudrait pas que ça dure ! Le soir il y aura toujours un petit village touristique avec plage où trouver une auberge.

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A Amed, sorte de village étalé sur 10km de route côtière, nous installons notre paresse sur les plages de galets noirs à défaut d’explorer les fonds marins. La plongée est une activité phare du secteur, mais il faut avouer que le temps pluvieux ne nous a pas vraiment appelés à sortir. Quelques jours plus tard nous sommes en 2014 et il est temps de reprendre la route. Les scooters avalent 80 km de route rectiligne jusqu’au nord de l’île bien moins touristique.

Un village, Bengkala, singulier et relativement méconnu, attire tout particulièrement Judith. Ma petite sœur étudie la langue des signes, pratiquée par les sourds et mal-entendants de France. Un gène de surdité affecte prés de 15% de la population du village de Bengkala. Ce pourcentage est considérable comparé à la moyenne habituelle. L’ensemble du village, entendants et sourds, parle donc une langue des signes propre au village. Grâce aux connaissances de Judith nous espérons réussir à communiquer en confrontant ces deux langues des signes.

Nous arrivons à Bengkala vers la fin d’après midi, le village en lui même ressemble à tout autre village du pays éloigné des circuits touristiques. Situé à quelques centaines de mètres de la route principale qui mène au cœur de l’île, là où la plaine laisse insidieusement la place à la montagne Bengkala n’est pas misérable, mais très loin de toute représentation de richesse. Les petites épiceries de rue, la basse-cour en liberté, les motos déglinguées et tous les yeux qui se tournent instinctivement vers nous. Le premier sourd que nous croisons est un petit garçon de 7 ans au regard malin avec qui Judith a déjà entamé la discussion. « Il nous invite chez lui » dit-elle. Chef (puisque c’est la signification du signe qui lui sert de nom) nous emmène promptement au seuil de sa maison au fond d’une impasse étroite. Ses parents et sa grand mère – seule entendante de la famille – nous accueille chaleureusement. Judith se débrouille assez bien pour animer la conversation L’entreprise lui est sûrement facilitée par le fait qu’elle n’est pas la première locutrice d’une langue des signes étrangère à rencontrer ces gens. La mère nous propose rapidement de passer la nuit sur place. Arnaud et moi faisons de notre mieux pour participer à la conversation. Pour des non-initiées de la langue des signes, cela demande une gymnastique intellectuelle éprouvante. Les yeux grands ouverts pour être sûrs de tout entendre et la parole hésitante avec tous nos signes tordus. La mère souhaite vivement nous faire rencontrer sa fille à quelque encablure du village. Contrairement à elle, sa fille a reçu une éducation scolaire, sait lire et écrire (chose bien plus difficile pour les sourds de naissance qui ne peuvent pas associer une lettre à un son). Nous comprendrons par la suite que la mère accepte mal son illettrisme et souffre dans sa fierté de ne pas avoir pu aller à l’école. Sa fille qui poursuit ses études dans le sud de l’île a un bon caractère et une agréable ouverture d’esprit qui lui permet de bien bavarder avec Judith. Mais la rencontre et l’hospitalité qui nous a été proposée semblait avoir été conquise trop vite et trop facilement. La mère nous propose d’assister à un spectacle de danse balinaise en précisant que nous devons participer financièrement, rien de choquant jusqu’à ce que sa fille nous écrive la somme sur un cahier. « 3 juta » Ma connaisance de l’indonésien me fait bondir à la lecture du chiffre, 3 millions de roupia soit plus de 200 euros! Je me fais confirmer plusieurs fois le chiffre, voulant croire a un quiproquo mais la mère confirme et semble s’être lancée dans une série d’arguments fumeux pour justifier ce tarif titanesque. Sa fille prend rapidement ses distances avec la position de sa mère, elle est plus apte à comprendre ce que nous sommes venu chercher dans son village et est véritablement désireuse d’échanger avec nous. L’incident a jeté un froid et face à l’insistance de la mère nous menaçons de quitter les lieux. Nous acceptons de dîner dans la maison familiale uniquement pour la fille, qui bien que compréhensive serait déçue de nous voir partir ainsi . Durant le repas les parents, mais surtout la mère, qui est le véritable chef de famille face à un un époux suiveur, exhibent face à nous tout un album photos de visiteurs australiens sous leur toit. Un couple ou un groupe de sourds qui auraient offert le frigo, payés un séjour en Australie à la mère, soutenu les frais d’hôpitaux suite à un accident de moto du père et par la suite pour un autre accident du petit Chef qui garde une grande cicatrice sur la jambe. Cette démonstration est d’une maladresse affligeante, en exposant ainsi tout ce qu’ils ont reçu ils s’affirment dans une posture d’assistés, les millions de roupiah réclamés sont considérées comme un dû et le véritable handicap de cette femme n’est plus la surdité mais la bêtise. Elle redoublera d’hypocrisie jusqu’au bout, agitant des dangers imaginaires de la nuit tombante pour nous retenir tout en gardant un sourire crispé de convenance. Cette famille a bien entendu le droit d’être aidée, à la vue de sa condition de vie, mais dans ce cas l’aide a été si mal présentée qu’elle a transformé cette femme en une boule de frustration et d’aigreur que l’on réalimente régulièrement avec quelques centaines de dollars australiens (le salaire moyen d’un villageois indonésien ne dépasse pas les 80 euros) qui lui font croire qu’elle peut devenir riche simplement en recevant.

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Le lendemain après avoir passé la nuit sur la côte à 10km du village nous repassons voir la fille, Judith lui offre son dictionnaire de langue des signes française. Nous avons aussi quelques jouets pour Chef qui dort profondément sous le regard de sa grand mère, cette dernière toujours porteuse d’un admirable sourire bienveillant. Nous quittons Bengkala a la fois déçus et heureux, en ayant appris autant sur la condition de sourds que sur la nature humaine.

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Nous repiquons droit sur Ubud poussant les scooters a travers les volcans du centre de l’île et leurs paysages vertigineux (surtout par beau temps mais nous n’avons eu que de la pluie). Quelque jours plus tard Judith et Arnaud repartent à Paris. De mon côté je retourne à Uluwatu prendre un peu de temps. Je trie, nettoie, empaquette toutes mes affaires. Je soupèse le tout, 55kg de cycliste, 35kg de remorque, 13kg de velo. Il y a une grande île au sud mais d’ici je ne la vois pas encore.

 
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Bleu – Vert

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L’île de Sulawesi a la forme de … aïe ! Je viens de me piéger tout seul en commençant ainsi. L’île de Sulawesi a la forme d’un craquage nerveux géographique, d’un pétage de plomb géologique. Le créateur a dû la façonner sous l’emprise de psychotropes en pensant faire de l’art abstrait. C’est inqualifiable mais je vais faire de mon mieux. Voyez la chose comme un amas de péninsules aux formes et dimensions aussi nombreuses qu’il y a de crottes de chien sur un trottoir parisien. L’ensemble obtenu propose une large gamme d’éléments bleus que sont les golfes, baie, détroits, mers, chenaux, lacs et rivières, accompagnés des éléments verts que sont les golfes, caps, pointes, plaines, forêts, montagnes, presqu’îles et îles voisines et de l’élément hybride représenté par les coraux. J’ai cru un moment que l’île ressemblait a un « Y » renversé, mais non on m’a fait remarquer que c’était plutôt un « K ». Pas convaincu, je doute même qu’un idéogramme chinois s’en approche.

Depuis Pare-Pare, côté sud-ouest du machin, j’avais migré vers le nord. En quittant le Toraja j’ai rejoint Palopo, ville qui se trouve sur la côte est de la péninsule la plus à l’ouest, plus précisément au nord du flanc ouest de la baie de Bone qui sépare les deux grosses péninsules du sud. (si si, relisez c’est très clair). Je fais donc le tour de la baie de Bone pour rejoindre le sud est de l’île.

La plaine située au nord de la baie (donc au sud du lac Poso et de la baie de Tomini) est représentative de toutes les plaines indonésiennes. La route épouse les formes de la côte mais reste toujours distante du rivage d’une dizaine de km. Sur ma carte les villages sont indiqués par des points mais il en est tout autrement dans la réalité. Les villes et villages indonésiens ont la fâcheuse tendance de s’étendre tout en longueur le long des routes. Si des plans d’urbanisme existent parfois, ils ne sont jamais respectés. Phénomène courant dans un pays en développement mais qui atteint des sommets en Indonésie. La Population du pays a plus que doublé ces 50 dernières années. Ma route ressemble aujourd’hui à un village de 150km de long et de 500 mètres de large. Aucune « centralité » ne prend véritablement le dessus. Je retiens deux inconvénients de cette situation, le bâti masque de part et d’autre le paysage et la circulation de cet axe important se retrouve entravée par le trafic « inter/intra village ». A une fréquence éfreinée les villageois me saluent du fameux « Hello mister! », certain motards restent derrière moi plusieurs minutes alors que le passager dégaine son téléphone pour me prendre en photo. Les plus timides se contenteront d’un horripilant coup de klaxon. Pourtant les Indonésiens savent être « de vraies crèmes ». Quand je suis agacé par un groupe de jeunes qui discourent bruyamment à mon sujet tout en me pointant grossièrement du doigt, je m’approche avec assurance, pose quelques questions d’usage et obtient souvent pour premières réponses des bégaiements gênés. Je ris alors à mon tour de les voir s’observer les uns les autres cherchant celui d’entre eux qui est le plus capable de me répondre avant de retourner à mon coca-cola bien frais qui me fait tenir sous les 35 degrés ambiants. Bien fier de mon charisme qui a su inverser les rôles, ça rend le coca meilleur.

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A partir de la bourgade de Malili tout change. La route récupère le bord de mer là ou elle bifurque plein sud. Une imposante chaîne montagneuse plonge directement dans les eaux de la baie. La route déjà étroite s’amincit un peu plus. C’est qu’elle doit vaillamment s’agripper aux flancs des montagnes. Je longe la mer en maudissant la géologie. Il me faut gravir des centaines de mètres de dénivelé pour surplomber les falaises avant de repiquer dru sur l’embouchure d’une rivière. Je me vois contourner des dizaines de monticules rocheux couverts de la même jungle heureuse qui habille toute la Montagne. Les rares villages sont installés en bord de mer. Là où la montagne a pris un peu de recul pour observer la baie des mini-plaines côtières se sont créées. Étonnamment l’activité principale n’est pas la pêche. On cultive là encore le riz, mais aussi la noix de coco, le café et le cacao. Ces villages sont pauvres. Certains sont construit sur pilotis à même la plage ou au dessus de la mangrove. Tout ou presque est construit en bois. Je vois des lignes électriques suivre la route, mais allez savoir comment et pourquoi le courant n’arrive pas chez les gens. Le soir quelques groupes électrogènes communautaires éclairent les maisons (et allument les TV). Les gens ici comme ailleurs sont souvent d’une grande gentillesse. Après les exclamations de surprise et les présentations habituelles on m’invite amicalement a prendre place à l’ombre. Les vieux jouent beaucoup aux échecs et se tiennent toujours prêts à me lancer le défi de les battre. On se marre bien, une jolie fille passe et on me lance à la rigolade « Tu devrais la ramener en France ! Regarde comme elle est belle ! ». Et la demoiselle de rétorquer avec malice « Jamais ! Il y fait beaucoup trop froid ». Les filles sont toujours plus sérieuses à l’école que les garçons, c’est bien connu. Celle-ci parle un anglais minimaliste mais correct en plus d’avoir une idée du climat français. Mais de manière générale le niveau d’éducation et de connaissances, grande faiblesse de l’Indonésie, est très bas. Les commerçants butent parfois sur d’épineux calculs tel que 5 + 10 . Ils se réfugient immédiatement derrière leur calculette alors que je tends l’appoint avant l’annonce du résultat. Dans un restaurant il y avait un planisphère accroché au mur. Un des client se lève pointe du doigt le Kazakhstan et déclare avec assurance « Australia ». Ces trois amis me regardant avec grande interrogation quand j’explose de rire malgré mes efforts pour ne pas rendre ce grand cartographe ridicule face à tous.

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A 90km de la petite ville portuaire de Kolaka j’ai très envie d’un bivouac solitaire à la plage. C’est reposant, ressourçant et bien mérité après 6 jours de vélo sous cette chaleur étouffante. La route redescend vers la côte jusqu’à a un promontoire rocheux. La plage est en vue, à 100 mètres sur un chemin qui semble rejoindre plus loin un village. Village indonésien qui, bien entendu, s’étale en pointillé jusqu’a la plage. Je me présente aux occupants de la dernière maison, leur exprime mon souhait. Raté ! Dey, un cinquantenaire qui maîtrise convenablement l’anglais me propose immédiatement de dormir chez lui plutôt que sur la plage.

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C’est que Dey n’est pas étranger aux visiteurs. Le salon de sa maison est couvert de photos grand format prises dans les montagnes de l’ile, le figurant accompagnant des touristes du monde entier au milieu de papillons flamboyants qui colorent la jungle. Ce travail de guide occasionnel est la grande fierté de Dey. Il s’empresse de me décrire chaque photo, sans manquer de m’informer du nom et de la nationalité de chaque étranger qui parade désormais sur les murs de sa maison. Dey me presente ensuite sa famille et avant tout sa mère. Une femme de plus de 90ans qui a mis au monde 12 enfants. La matriarche vit entourée de sept de ses enfants (il faut retirer les morts et ceux qui ont tenté leur chance au delà des frontières du village) sous le toit construit pas son défunt époux. Cinq de ces derniers ont fondé une famille, ce qui représente au final, enfants compris, une bonne vingtaine de personnes. La maison faite de matériaux bon marché ne semble être retenue de l’effondrement que par quelques rafistolages d’urgence, de grandes tentures cachent tant bien que mal les dégâts du temps. Chez Dey on vivote de petits boulots occasionnels, de maraîchage et de commerce d’appoint. Pour le dîner il n’y aura pas de viande, c’est que tant que la récolte de cacao n’a pas commencé les rentrées d’argents sont presque inexistantes. Dey me propose de rester plusieurs jours, de me faire visiter les environs qu’il connaît si bien. Il a fréquenté suffisamment d’occidentaux pour savoir que je risquerais de me raidir s’il s’avance le premier dans des considération pécuniaires. Cependant il est parfaitement compréhensible que sa proposition ne soit pas désintéressée. Le désir de calme solitaire qui m’avait poussé jusqu’au pas de sa porte finira par l’emporter.

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Je file le lendemain matin sur Kolaka. C’est une petite ville laide qui ne doit son statut de ville qu’à son port qui relie les péninsule sud ouest et sud est de l’île. La ville resplendit d’ennui. Il y a peu d’hôtels, peu des restaurants, le soir les rues restent plongées dans une pénombre navrante bien que des lampadaires semble être installés depuis des lustres … (oui j’ajoute ici une légère touche d’humour lumineuse). Je suis tellement exténué par la semaine qui vient de s’écouler que je fais fi du manque d’intérêt total du lieu pour prendre une journée de repos.. C’est à Kolaka que la route quitte la côte pour rejoindre 200km à l’est Kendari sur l’autre rive de la péninsule sud-est. La route serpente entre les montagnes, me maintenant dans la chaleur des plaines. Kendari est plus vivante, plus grande et plus chaleureuse que Kolaka. Je flâne au marché, autour du port de pèche, faisant toutes sortes de petites rencontres, de l’etudiant qui cherche à pratiquer son anglais, à l’instituteur curieux en passant par les joueurs d’échec donc j’accepte les défis et la commerçante chinoise installée dans la ville depuis des générations, estomaquée que je la salue dans sa langue maternel et non en indonésien. Les quelques attractions touristiques ou les plages sont situées à des dizaines de km et la flemme l’emporte à nouveau. Je me sens encore anéanti par la chaleur et les efforts fournis précédemment. Je cherche un refuge calme et ombragé où je serais disposé à passer une semaine.

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L’île de Muna devrait faire l’affaire, située un peu plus au sud, elle s’imbrique dans les contours de Sulawesi et est séparée de sa voisine l’île Button par un mince chenal. Muna s’étire en longueur sur une bonne centaine de km, l’île est très accidentée, principalement couverte de forêt. Sa population se concentre principalement dans la petite ville de Raha sur sa côte ouest. L’île est belle et dégage un fort potentiel touristique à peine exploité (pour le moment). Il y a une dizaine d’hôtels en ville, tous dans des prix très raisonnables et d’un confort absolument acceptable. La bourgade est très aérée et même partiellement éclairée le soir. De larges rues laissent la place aux arbres de se déployer, aux enfants de batifoler, aux vieux de bavarder dans les conditions optimales du standing local. Trois rues du centre-ville concentrent tous les commerces nécessaires à ma survie. J’y trouve des épiceries tenues par des Chinois, ces derniers sont si peu nombreux qu’ils sont en train de se fondre complètement avec le reste de la population, oubliant leur langue et changeant de religion. J’y trouve une quinzaine de restaurants qui servent tous les cinq les même plats, et ceci à toute heure de la journée, un karaoké, une mosquée, une église, deux banques, des cyber cafés, des pâtisseries locales, la billetterie des ferry, un club de musculation, des boutiques de téléphones, des quincailleries, des friperies. Je suis le seul voyageur en ville et le resterai jusqu’a la fin de ma semaine. Ici j’ai le temps de répondre à chaque « hello mister », de m’arrêter discuter un brin pour satisfaire à la curiosité de chacun. J’espérais pouvoir au bout de quelques jours être partiellement libéré de mon statut de bête curieuse. J’espérais pouvoir circuler en ville simplement porté par mes pensées sans être continuellement interpellé . « Hello mister Elie! » ai-je finalement pu entendre depuis les terrasses, les cours des maison, les balcons, les moto-taxi….. Il y a très peu d’anglophones dans la ville, ce qui n’empêche pas de se faire quelque amis, notamment dans le quartier chrétien où j’étais presque chaque soir invité à boire quelque verres d’arak (alcool de riz local). Il faut bien évidement noter la présence de quelques musulmans du voisinage toujours prêts à lever le coude.

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A 15km de la ville le lagon de Napabale est l’un des plus beaux lieux de l’île. Le lagon peu profond et bien fourni en corail est une goutte de bleu azur au milieu du vert jungle qui l’entoure. Le lagon est relié a la mer par un tunnel naturel de quelques dizaines de mètres. Avec mon appareil photo sur la tête, de l’eau jusqu’au cou, je me suis engagé dans le tunnel, pousse par la marée descendante. J’en suis ressorti l’eau jusqu’aux narine, l’appareil photo miraculeusement sec, dans un second lagon plus large et plus spectaculaire encore. Les rares cabanes de pêcheurs sur les berges me montrant les chemins d’accès, j’ai passé une belle journée à barboter en compagnie de petits poissons et crabes colorés dans ce lieu parfait.

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Ma semaine s’est écoulée doucement à Raha, rythmée par l’écriture, les bavardages et les siestes. Je veux rejoindre la pointe sud de l’île juste en face de Bau-Bau, la capitale de la voisine Button. Plutôt que de suivre la seule véritable route de l’île qui slalome entre les montagnes au centre de l’île je suis la côte. A peine ai-je quitté la périphérie de Raha qu’il me semble avoir changé de lieu. La piste, très mauvaise, traverse une jungle épaisse habitée par une population qui semble appartenir à une autre ethnie que les citadins de l’île. Ces hommes vivent dans des cases montées sur pilotis sous lesquelles sèchent des fruits cueillis dans la jungle environnante. Tous ne comprennent pas l’indonésien et leur comportement vis a vis de moi et très différent. Ils m’observent avec curiosité et sympathie sans entrer dans l’état de surexcitation commun au reste du pays. A quelques kilomètres d’un monde qui a basculé dans la « modernité », un monde de télévision, d’internet, de musique pourrie, de voiture et moto omniprésente, d’argent et de consommation, je me retrouve catapulté dans une atmosphère qui relève presque du mythe.

Bau-Bau et sa citadelle fortifiées en hauteur de la ville était sur la route des commerçants hollandais qui redescendaient des îles Moluques chargés d’épices. Avec un peu de chance on devrait pouvoir trouver quelques yeux bleus ou cheveux légèrement blonds en observant la population locale. Bau-bau reste un grand port et c’est d’ici que je réembarque sur un long ferry à destination de Bali.

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Le Kilong-kabila est le Jumeau du Binaya que j’ai emprunté entre Bintan et Borneo. Je commence à être rôdé à l’exercice des grandes traversées sur ferry indonésien. L’embarquement est aussi bordélique que prévu, je gueule sur qui me bouche le passage sans complexe, entrepose mon vélo dans un coin et constate que toutes les bonnes places des dortoirs sont occupées. Je transporte mon matelas sur le pont afin de m’y établir pour les trois prochains jours. Bali étant le lieu le plus touristique du pays, je rencontre beaucoup plus d’anglophones à bord. Le Kilong-Kabila fera une première escale à Makassar à l’ouest avant de descendre plein sud sur l’archipel des îles de la sonde. Arrivé à proximité des îles komodo (ou vivent les plus gros lezards du monde, que l’on appelle dragons), il remontra d’île en île l’archipel vers l’ouest jusqu’à Bali.

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Cette petite a passé toute la traversée à me piquer mes livres!

Bali est, dans une de ces facettes, un lieu hybride entre la societe indonésiene et la société australienne. C’est que je m’en rapproche doucement…

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